Le reporting, un enjeu crucial pour le capital-investissement

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour répondre aux attentes de plus en plus sophistiquées de leurs clients, les éditeurs de solutions intégrées développent des modules plus complets.

Pour les gérants de fonds de capital-investissement, le ‘reporting’ est un outil de marketing et de différenciation auprès des investisseurs, affirme Béatrice Vachonfrance, directrice Europe continentale d’eFront, un éditeur français proposant une suite spécifique, FrontInvest, pour le capital-investissement. La demande pour des outils de ‘reporting’ plus complets, plus flexibles, existait avant, mais la crise l’a renforcée. » Elle a en effet inversé le rapport de force en faveur d’investisseurs exigeant toujours plus d’informations de la part des sociétés de gestion. Ainsi, selon les chiffres de Preqin, entre 2007 et 2010, les levées de fonds réalisées ont été divisées par quatre au niveau mondial. « Nous aurions pu penser que la crise allait nous porter un rude coup, mais le ralentissement d’activité a été compensé par une forte hausse de la demande en termes de transparence sur les opérations à l’étude (le ‘deal-flow’) et le suivi des investissements », explique Philippe Hedrich, responsable commercial de Capital Venture, la solution intégrée de l’éditeur français Klee Group.

« De nombreux investisseurs ont réalisé des moins-values dans le ‘private equity’ avec la crise, rapporte Olivier Dellenbach, fondateur et président d’eFront. Ils ont besoin de revenir sur des modèles qu’ils connaissent bien avec de multiples indicateurs quantitatifs comme la mesure du risque, la valeur réelle créée par un fonds, l’effet de levier… » Les gérants sont donc soumis à des exigences de reporting qualitatif, mais aussi quantitatif, avec la présentation d’indicateurs basés sur la modélisation du risque, l’attribution de performance, les simulations de cash-flow« Désormais, les souscripteurs demandent des données très précises aux gérants pour pouvoir les comparer entre eux », indique Alexis Calmon, consultant avant-vente FrontInvest. « Le discours des artisans de l’investissement demandant de la confiance dans leur intuition ne fait plus recette », renchérit Olivier Dellenbach. Outre cette demande de sophistication dans la production d’indicateurs, les exigences des investisseurs divergent selon la nature des fonds. « Par exemple, un fonds d’investissement régional aura besoin d’indicateurs relatifs aux emplois créés », illustre Alexis Calmon.

Amélioration des modules

« Le ‘reporting’ devient le nerf de la guerre, les sociétés de capital-investissement demandent de pouvoir traiter leurs données dans tous les sens », déclare Christophe Chanut, responsable de l’offre Capital Venture chez Klee Group. Aussi, « au-delà de trois fonds, une solution intégrée devient nécessaire pour gérer cette complexité, poursuit Olivier Dellenbach. Cela tant pour le suivi du ‘deal-flow’ et des positions que du ‘reporting’. C’est une demande présente dans toutes les ‘due diligence’ ».

Les éditeurs consacrent donc un part significative de leurs efforts en recherche et développement à l’amélioration de leurs modules de reporting. Ainsi, courant 2010, les équipes de Capital Venture se sont appliquées à simplifier les fonctionnalités de publipostage existantes avec le développement de bibliothèques dynamiques permettant la création rapide de modèles. « Auparavant, la création de modèles était assez technique, nécessitant l’utilisation de balises, précise Christophe Chanut. Désormais, tout cela se fait de façon graphique. » La possibilité d’intégrer les bilans et les comptes de résultats des fonds sous-jacents dans le reporting est désormais utilisée par certains gérants de fonds de fonds. Pour 2011, l’attention est portée sur le fait que l’ensemble des données contenues dans Capital Venture doivent être utilisables dans Business Object, un outil de reporting d’informatique décisionnel. « De nombreuses sociétés de gestion utilisent Business Object pour construire des indicateurs sur mesure, un sujet vraiment d’actualité », raconte Christophe Chanut. Une vision qui diffère fortement de celle d’eFront : « Tous les indicateurs relatifs au ‘private equity’ doivent être natifs de la solution intégrée, il est très compliqué de faire un calcul de TRI (taux de rendement interne, NDLR) avec Business Object », avance Olivier Dellenbach. Le programme d’amélioration du reporting FrontInvest, pour 2010 a consisté à ajouter nombre d’indicateurs quantitatifs, avec de nouvelles méthodes de calcul pour le risque, ou d’indicateurs métiers comme la valorisation du cash-flow. « On commence également à se projeter dans l’avenir avec des notions de pilotage du cash », annonce Olivier Dellenbach.

Flexibilité ou facilité d’utilisation

Les spécificités métiers du private equity rendent difficiles l’industrialisation des solutions, car peu d’aspects sont normalisés. « La solution informatique est compliquée car liée à la typologie des clients et de leur culture en la matière, explique Olivier Dellenbach. Certains réclament un outil très puissant, très flexible tout en s’affranchissant des contraintes, et notamment l’investissement en formation. » Pour utiliser pleinement FrontInvest et ainsi pouvoir créer de nouveaux états de reporting, de nouveaux indicateurs, il faut compter, même avec de bonnes compétences informatiques, entre cinq et dix jours de formation. « Nous devons apprendre à nos clients à arbitrer entre flexibilité et niveau de formation nécessaire », lâche Olivier Dellenbach. En revanche, chez Siparex, qui a déployé la solution Capital Venture courant 2009, ce sont justement les possibilités de paramétrages plus réduites et une mise en œuvre plus rapide qui ont dicté, en grande partie, le choix de l’outil informatique. « Nous voulions une solution intégrée un peu moins ouverte que certaines applications concurrentes, limitant ainsi le temps de paramétrage et permettant une adaptation rapide à nos besoins », explique Valérie Gerbet, directeur administratif et financier de Siparex. Le module automatisé de reporting a permis de ramener le délai à 45 jours après la clôture d’un fonds, mais surtout d’en améliorer la qualité avec la présentation d’un plus grand nombre d’indicateurs et une présentation homogène. Un administrateur en interne a été mis en place, pour les deux tiers de son temps de travail. « Sa tâche consiste à faire évoluer l’outil en fonction des demandes, pour les différents modules, dont le ‘reporting’. Et les demandes sont nombreuses », conclut Valérie Gerbet.

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