Une réglementation réfléchie pour protéger les investisseurs

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Le plafonnement des volumes opaques proposé par une dérogation à la directive MIF serait nuisible.

Une réglementation réfléchie pour protéger les investisseurs

Mark Pumfrey, head of EMEA, Liquidnet

Alors que les banques centrales envisagent de retirer leurs politiques expansionnistes, la moindre hausse de taux affectera la valeur des portefeuilles obligataires, redonnant de l'attrait aux actions. Les actions européennes « pourraient » profiter de cette rotation, capable de rendre au secteur les 700 milliards d'euros sortis durant les dix dernières années. J'insiste sur le conditionnel, car le temps presse - d’autant plus que la réglementation sur les instruments financiers est sur le point d’être réformée.

Depuis l’ouverture de la concurrence sur les Bourses et les plates-formes de négociation européennes en 2007 (directive MIF), les plates-formes de négociation ont augmenté et l'écart entre les marchés transparents et opaques s'est creusé. Les dirigeants font bien d’examiner les opérations hors Bourse. Depuis longtemps, les plates-formes opaques canalisent les investissements institutionnels vers les actions. Elles permettent aux institutions de négocier des blocs d'actions sans affecter les marchés, protégeant les rendements des épargnants. La performance institutionnelle ayant diminué en raison du trading à haute fréquence qui domine les marchés transparents, elles ont pris de l'importance.

Toutefois, toutes les plates-formes opaques ne naissent pas égales. Aujourd’hui, seules quelques entités se revendiquant comme telles offrent une taille d’exécution et des avantages tarifaires supérieurs aux Bourses ordinaires. Les commandes de certaines plates-formes opaques sont si petites qu'elles freinent le processus de formation des cours des marchés transparents. En outre, elles invitent le trading à haute fréquence. Il est donc logique que les dirigeants veuillent réglementer les plates-formes opaques, tout en autorisant les grandes opérations institutionnelles. Mais pour bien les réglementer, il faudra comprendre la structure complexe du marché, qui ne consiste pas à simplement séparer la transparence de l’opacité.

L’Union européenne propose de plafonner les volumes opaques quel que soit l’avantage tarifaire conféré aux investisseurs institutionnels. Si ce plafonnement était mis en œuvre, il empêcherait les fonds de pension européens d'exécuter leurs opérations au meilleur prix possible, nuisant aux rendements des épargnants de la région. En tant que système de négociation de blocs institutionnels, d'où le trading à haute fréquence est absent, nous sommes pour une réglementation réfléchie permettant aux investisseurs à long terme d'exécuter leurs opérations au meilleur prix possible sans affecter le marché. Cette réglementation rétablirait l’équilibre entre le réacheminement vers les Bourses de capitaux de détail suffisants pour assurer la qualité du prix de référence et la mise en place d’un marché neutre pour les investisseurs institutionnels. Elle pourrait stipuler une taille minimale ou des seuils d’avantages tarifaires pour les plates-formes opaques, sans plafonner les volumes comme l’Union européenne le suggère.

L’Australie et le Canada ont limité les opérations opaques, sauf si elles confèrent des avantages tarifaires aux investisseurs institutionnels. Les volumes des systèmes de négociation hors Bourse ne sont pas limités, car cela rendrait l’exécution au mieux illégale une fois les plafonds dépassés.

La réglementation proposée par l’Union européenne peut contourner l’obligation de conférer des avantages tarifaires. Mais cela ferait augmenter les frais de transaction institutionnels, ce qui affecterait les particuliers qui investissent leur épargne dans des fonds de pension. Si l’Europe décidait de plafonner les volumes, cela donnerait une image catastrophique aux investisseurs internationaux alors que nous avons besoin d'attirer les investissements au sein de l'Europe.

Une réglementation réfléchie pourrait créer un cercle vertueux dans lequel les marchés d’actions européens profiteraient des investissements institutionnels en actions. Nous espérons, alors que les institutions européennes révisent les règlements existants, qu’elles ne décideront pas d'imposer des mesures nuisibles aux intérêts des investisseurs et épargnants à long terme de l'Europe.

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