Dossier Financement des collectivités locales

Le recours à l’obligataire se multiplie

le 04/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Ce marché constitue une alternative à la raréfaction du crédit bancaire. Mais il ne concerne encore qu’un petit nombre d’émetteurs.

Apanage traditionnel de gros acteurs comme la ville de Paris ou la région Ile-de-France, les émissions de collectivités territoriales se sont multipliées ces dernières années. « Depuis 2009, elles sont très actives sur ce marché, souligne Jérôme Pellet, directeur marché de dette et de capitaux chez HSBC France. Cela s’inscrit dans une tendance de long terme vers une diversification des outils de financement face à une offre bancaire plus difficile d'accès. » Avec une nette accélération cette année. Déjà 1,4 milliard d’euros ont été émis pour une vingtaine d’obligations (800 millions l’an dernier). « 2012 est marquée par des volumes importants, le retour de collectivités comme la ville de Marseille ou la région Paca et l’arrivée d'acteurs de taille comme la région Rhône-Alpes », note Audrey Sebban,

directoren origination obligataire de Crédit Agricole CIB. Ainsi, l'Ile-de-France a placé en mars dernier la plus importante émission obligataire jamais réalisée par une collectivité locale pour 350 millions d’euros (voir le tableau).

« Pour que ce marché continue de se développer, il faut notamment des opérations de taille significative pour répondre au besoin de liquidité des titres exigé par les investisseurs », ajoute Audrey Sebban. Pour les attirer, certaines collectivités réalisent des émissions ISR (investissement socialement responsable). La région Nord-Pas-de-Calais, pionnière dans ce domaine en 2008, vient d'effectuer un placement de 80 millions d’euros à 12 ans (lire l'entretien). Les investisseurs domestiques à la recherche de taux cibles à long terme, comme les assureurs, sont les candidats naturels à ce type d’émissions qui offrent, en général, une bonne qualité de notation (au-dessus de « A »), des maturités longues (plus de 10 ans) et des rendements intéressants (spread de 170 points de base - pb - en moyenne au-dessus des midswaps). « Les obligations sont une alternative qui bénéficie d’un arbitrage favorable en termes de coût », explique Jérôme Pellet. Car même à ce niveau de prime, le coût pour une collectivité reste bien inférieur à celui d’un emprunt bancaire. L’écart est en moyenne de 100 pb. Pour un emprunt de 100 millions à 12 ans avec un coupon de 4 %, l’économie totale est de 8 millions d’euros environ.

Regroupements

« Pour pouvoir prétendre au marché obligataire ou à des placements privés, il faut avoir un volume annuel d’au moins 20 millions d’euros d’émissions, précise Etienne Favre, directeur de mission au cabinet de conseil FCL-Gérer la Cité. Or il n’est pas recommandé d’aller chercher la totalité des besoins de financement sur le marché obligataire, de sorte que les collectivités doivent avoir des besoins globaux annuels d’au moins 30 millions. » Mais cela concerne de plus en plus d'acteurs : les régions, une grande partie des départements et les villes, et même les communautés d’agglomération comme Cergy-Pontoise qui a été la première à le faire.

Certaines collectivités ont trouvé une solution : se regrouper pour réaliser des émissions conjointes mais non solidaires. Un projet mené par une cinquantaine de collectivités devait à l'origine permettre de lever un milliard d’euros. Cette émission devrait être lancée dans les prochains jours par les banques chef de file Crédit Agricole, HSBC et Natixis mais sur des bases moins ambitieuses. Le nombre de collectivités intéressées et le montant placé seront au final limités alors que l’émission, qui devait être notée, ne le sera pas. Ce qui explique en partie le manque d’intérêt de collectivités notées. En effet, la prime réclamée par les investisseurs devrait être plus élevée.

Malgré ce demi-échec, le marché obligataire des collectivités locales devrait continuer à progresser, représenter au moins 2 milliards d’euros d’émissions annuelles d'ici à deux ans et couvrir plus de 10 % de leurs besoins de financement. En 2012, les émissions obligataires pourraient atteindre 1,5 à 1,7 milliard, un record.

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