Dossier Santé

La réassurance santé peine à sortir de sa confidentialité

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Sur un marché limité à 300 millions de primes annuelles, les professionnels misent sur les services pour dynamiser leurs activités.

Véritable eldorado pour les assureurs, le marché de la santé est loin d’offrir les mêmes perspectives de croissance pour les réassureurs. Malgré la présence d’une dizaine d’acteurs dans l’Hexagone, la réassurance santé demeure encore un secteur de niche. « Les assureurs et les mutuelles santé viennent moins chercher de la réassurance que sur la prévoyance, relève Pierre-Alain de Malleray, directeur général de MutRé, le pôle réassurance de la Mutualité Française. L’assurance santé représente en France environ 30 milliards d’euros de primes chaque année tandis que la réassurance santé pèse moins de 300 millions. A titre de comparaison, le chiffre d’affaires de la réassurance prévoyance en France est de 1,3 milliard. »

Pourtant, au cours des dernières années, les réassureurs professionnels n’ont pas ménagé leurs efforts pour investir ce segment d’activités. « Historiquement, les réassureurs ont fait des tentatives, notamment en assurances collectives, mais la réussite n’a pas toujours été au rendez-vous, rapporte Pierre-Yves Le Corre, directeur des assurances de personnes pour la France chez Swiss Re Europe. Les besoins sont moins évidents en santé que dans d’autres branches des assurances de personnes. »

Plusieurs écueils

Les réassureurs professionnels butent sur plusieurs écueils. Le premier est lié à la spécificité du secteur : une large part des primes cédées par les cédantes (les compagnies d’assurances) leur échappe totalement, celle-ci étant échangée auprès d’autres mutuelles ou assureurs tels Axa, CNP Assurances ou MGEN. « Nous ne travaillons pas avec des réassureurs professionnels, reconnaît ainsi Dominique Furstein, directeur risques, actuariat et statistiques à la MGEN. Nous avons recours à la réassurance comme outil de partage d’affaires, comme nous le faisons avec la Maif pour les offres de MGEN Filia. En outre, nous sommes nous-mêmes réassureur de La Mutuelle des Etudiants dans le cadre d’une opération de substitution, ce qui la dispense d’avoir des fonds propres. » Un exemple loin d’être isolé sur le marché français.

La nature même du risque santé, en termes de fréquence et de coûts des sinistres, n’incite pas à se tourner vers un réassureur professionnel. « Les sinistres sont de petite taille d’autant que tous les risques lourds (hospitalisation, affections de longue durée, NDLR) sont pris en charge par le régime obligatoire », explique Dominique Furstein. « La santé est assez peu réassurée car le risque est d’abord un risque comptable, relève pour sa part Philippe Virolle, directeur du département accident, vie et santé chez le courtier Aon Benfield. En cas de dérives, assureurs et mutuelles peuvent toujours faire évoluer les tarifs de leurs portefeuilles. » Un constat partagé par Pierre-Yves Le Corre : « C’est un métier qui nécessite une bonne maîtrise de gestion, ce que savent très bien faire assureurs et mutuelles en liaison avec la tarification de leurs produits. »

Pourtant, à en croire les professionnels, la réassurance peut jouer un rôle majeur pour aider les acteurs à répondre à différents types de besoins : protection de marge et pilotage de fonds propres, financement d’acquisition de portefeuilles ou de clientèles, assistance technique et actuarielle. A cet égard, l’entrée en vigueur de la directive Solvabilité II au 1er janvier 2014 pourrait constituer un réel relais de croissance pour les réassureurs. « Solvabilité II peut favoriser le développement de la réassurance santé, celle-ci pouvant être un bon outil pour optimiser la gestion du besoin en capital, avance Pierre-Yves Le Corre. Par ailleurs, au gré du développement du marché lié au désengagement des systèmes publics de couverture des frais de santé, les acteurs peuvent grossir, ce qui accroît le besoin en capital. Cette tendance pourrait renforcer le besoin d’aller chercher du capital auprès des réassureurs. »

Cap sur les services

En attendant, les réassureurs professionnels jouent la carte des services - formations techniques, sélection médicale, aide à la tarification - pour réussir à souscrire davantage d’affaires. « Les acteurs de la santé doivent monter en gamme dans la connaissance de leurs risques, explique Pierre-Alain de Malleray. Cela nous ouvre donc des perspectives en matière de services que nous pouvons leur apporter, notamment en matière actuarielle ou dans les exercices de modélisation. » D’autres ont investi le terrain de la prévention, à l’instar de Swiss Re qui s’est associé à la société britannique Roadtohealth pour proposer un service dédié. Via une plate-forme internet, les assurés peuvent remplir un questionnaire détaillé sur leur état de santé afin de leur proposer un « coaching santé » adapté à leurs facteurs de risque. « Les assureurs peuvent ainsi mieux maîtriser la sinistralité de leurs portefeuilles et donc leur rentabilité, explique Pierre-Yves Le Corre. En contrepartie, nous pouvons avoir accès à la réassurance des portefeuilles. » L’avenir dira si de telles initiatives sont réellement de nature à donner un coup d’accélérateur à un marché encore confidentiel.

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