Raidissement allemand

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

On aurait pu espérer qu’après les discours électoraux, l’Allemagne considérerait la construction européenne d’un œil un peu plus ouvert. Tout indique au contraire que l’heure est à l’intransigeance outre-Rhin.

La Banque centrale européenne (BCE) en a fait l’expérience lorsqu’elle a très justement voulu montrer sa détermination à combattre la déflation qui pointe son mufle sous la désinflation qui s’accélère. Sa décision d’abaisser son taux « refi » à ¼ de point est historique car elle manifeste que son mandat d'assurer la stabilité des prix doit s’appliquer, qu'ils soient orientés à la hausse ou à la baisse. La BCE se tient prête à aller plus loin, peut-être en décidant une nouvelle injection massive de liquidités dans le système bancaire, peut-être aussi en appliquant un taux négatif aux dépôts qu’il lui confie. Mais on sait déjà que cette guerre contre la déflation devra être livrée contre l’Allemagne et ses soutiens autrichien et néerlandais, qui se sont opposés à toute nouvelle baisse des taux. La bataille entre la BCE et les autorités allemandes, en retard d’une guerre monétaire dans cette affaire, va d’ailleurs connaître un autre épisode avec la décision attendue de la Cour de Karlsruhe sur la validité du programme OMT (outright monetary transactions). Son éventuelle condamnation ne serait pas engageante pour la BCE mais n’en affaiblirait pas moins son influence bienfaisante sur les taux dans le Sud de l’Europe.

Autre terrain sur lequel Berlin, toujours à grand renfort d’arguments juridiques, entend imposer ses vues : l’Union bancaire, là encore face à la BCE. Alors que celle-ci prône un mécanisme de résolution bancaire le plus large possible, comprenant toutes les institutions de crédit et confié à une autorité unique et indépendante, la coalition qui s’apprête à exercer le pouvoir outre-Rhin paraît s’être ralliée à la position du ministre des Finances, Wolfgang Schäuble: la supervision doit être limitée aux 130 plus grandes banques, et la résolution confiée à un réseau d’autorités nationales, sans fonds de secours. La BCE, arc-boutée sur l’indépendance de son statut – et forte du soutien de tout son conseil, Bundesbank comprise cette fois, il faut le souligner –, devrait obtenir sur ce sujet aussi le soutien de nombre d’Etats membres. Mais l’absence totale de consensus augure mal d’une décision avant la fin de l’année, selon le calendrier imparti au projet d’Union bancaire.

Tout cela ressemble fort à un raidissement surtout si, comme on en parle, l'idée prend corps de faire valider tous les grands choix européens par les électeurs allemands alors que vient de survenir un vote populaire sans ambiguïté. Il ne peut que limiter la capacité de la zone euro à trouver un consensus sur les voies de sortie de crise. Dans le grand marchandage qui se profile pour définir un chemin de croissance commun, la question des excessifs excédents allemands, qui mettent Bruxelles si mal à l’aise, s’annonce comme un prochain écueil majeur.

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