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Quitte ou double sur le Livret A et le LDD

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Il serait judicieux d'étaler le doublement des plafonds au fil de l'accroissement des besoins de financement et pour éviter des tensions bancaires.

Par Fabrice Asvazadourian, senior partner, et Jérôme Barrué, partner chez Roland Berger

Les doublements du plafond du Livret A pour porter à 150.000 la construction de logements sociaux par an et du plafond du Livret de développement durable pour soutenir l'investissement en direction des PME-TPE font partie des premières mesures phares que le nouveau gouvernement souhaite voir mises en place. Dans le contexte actuel marqué par l'incertitude économique (d'où une orientation forte de l'épargne vers des produits de bilan et des placements liquides) et la faiblesse des rendements financiers, il y a peu de doutes sur le succès de telles mesures, du moins auprès des ménages les plus aisés (les actuels détenteurs des 9 % des Livrets A et des 25 % des LDD au plafond qui représentent respectivement plus de 40 % et 50 % des encours totaux). Ces détenteurs arbitreront une partie de leurs avoirs (essentiellement ceux de leurs livrets fiscalisés et de leurs comptes à terme) et les montants transférés pourraient atteindre 40 à 60 milliards d'euros (dont 65 % seraient centralisés à la Caisse des dépôts - CDC - pour un encours total supplémentaire de 25 à 40 milliards d'euros pour son fonds d'épargne). Ces 40 à 60 milliards d'euros représentent l'équivalent des efforts des banques françaises sur 2011 pour renforcer leurs encours de dépôts et d'épargne non réglementée dans le cadre de Bâle III.

Si les ambitions du gouvernement de dotations complémentaires au fonds d'épargne de la CDC devaient être au rendez-vous, elles entraîneraient un surcoût pour les banques françaises. En effet, celles-ci devront lever de nouvelles ressources de marché à moyen terme afin de maintenir leur ratio de liquidité long et leur capacité de financement de l'économie. Au regard de leurs conditions de financement actuelles sur les marchés, le surcoût à prévoir pour les banques atteindrait 480 à 730 millions d'euros.

Au-delà des montants de transfert d'épargne et de surcoût de financement en jeu, c'est la vitesse à laquelle les banques seront impactées qui pose question. En effet, si les doublements de plafonds étaient mis en œuvre d'ici à l'été, on peut s'attendre à ce que les transferts d'épargne s'opèrent en quelques mois puisque les sommes en jeu sont aujourd'hui investies sur des supports liquides ou à court terme. Or il ne semble pas y avoir urgence à doter le fonds d'épargne de ressources complémentaires dans la mesure où on reste encore assez loin du ratio minimum de 125 % introduit par la loi de modernisation de l'économie entre ressources centralisées et prêts dédiés au logement social et à la politique de la ville. Le ratio était de 140 % à fin 2011, soit un coussin de ressources additionnelles pour le fonds d'épargne de près de 20 milliards d'euros, qui correspond à plus d'une année de financement du nouvel objectif annoncé de 150.000 logements sociaux. Il semblerait dès lors judicieux d'étaler le doublement des plafonds dans le temps, au fil de l'accroissement des besoins de financement du fonds et de la capacité de mobilisation du foncier public.

Ces derniers jours ont vu également apparaître un nouvel élément déstabilisant pour les banques qui impacterait directement leur résultat d'exploitation : la perspective d'une diminution de 20 points de base de la commission qu'elles perçoivent au titre de la collecte centralisée à la CDC (passage de 0,5 % à 0,3 % de l'encours). Cette baisse représenterait pour les banques françaises une perte de résultat de 380 millions d'euros sur les encours existants et atteindrait 540 millions en prenant en compte l'impact du doublement des plafonds. En ajoutant cette perte au surcoût de financement, 1 à 1,25 milliard d'euros sont en jeu. A un moment où les banques sont en train d'intégrer les nouvelles contraintes de liquidité liées à Bâle III et où elles sont attendues dans leur soutien au financement de l'économie, il semble important de ne pas introduire trop brutalement de nouvelles tensions et de veiller également à encourager le développement d'une capacité d'épargne longue.

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