Que fait l’Europe de ses marchés !

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Alors que l’attention se concentre sur le feuilleton de la crise en zone euro, d’autres questions d’apparence plus technique tendent à passer, bien à tort, au second plan. Il en est ainsi des infrastructures de marchés en Europe, un sujet ô combien important à l’heure où la désintermédiation du financement des entreprises réclame des structures efficientes. Or que ce soit sur le cash ou les dérivés, on est loin du compte !

C’est vrai d’abord pour les actions (lire notre Dossier). Alors que la directive MIF a conduit à la multiplication des plates-formes, la fragmentation qui s’en est suivie a finalement nui à la liquidité, tout comme aux coûts de transactions subis par les investisseurs, plutôt à la hausse. Au vu de la réduction des volumes traités par chaque infrastructure, on ne peut guère s’attendre à voir apparaître de nouveaux entrants, tandis que les dark pools se concentrent. Conséquence industrielle, les règles de meilleure exécution ont fait disparaître les petits courtiers, actifs auprès des PME. Dès lors, comment s’étonner de la difficulté de mettre en place une Bourse consacrée à ces dernières ? Ou de trouver des candidats intéressés à structurer le capital de Nyse Euronext ? Quant à la transparence post-trade, elle ne pointe pas à l’horizon. Cela ne présage rien de bon pour les entreprises, alors que des modèles mutualisés existent outre-Atlantique, et pourraient nous inspirer. La situation sur les obligations n’est guère meilleure, les opérations de centralisation des ordres piétinent et celles de gré à gré sont devenues moins efficaces.

Bien sûr, l’innovation ne manque pas. Elle est réservée aux acteurs du marché des dérivés, mise en place de leur compensation oblige. Mais là encore, l’Europe devrait sérieusement revoir sa stratégie. Car si les offres de nouveaux intervenants se multiplient, ce sont bien les géants américains, tant sur le plan infrastructures que de centralisation des données, qui pourraient rafler la mise. Ne faut-il pas s’inquiéter du retard de l’Europe dans la mise en place de référentiels centraux qui concentrent les données des échanges sur les dérivés ? DTCC est sur les rangs, dans l’attente de son agrément par l’Esma cet été. Ses ambitions mondiales de base de données unique séduisent par leur simplicité, mais est-ce à une instance américaine de détenir le monopole des données des entreprises européennes ?

Que l’on parle des marchés cash ou dérivés, le sacro-saint principe de concurrence cher à la Commission européenne semble bel et bien en échec. Quant à l’introduction de la taxe sur les transactions financières, les cyniques pourront y voir un moyen de résoudre le problème : quel besoin en effet d’infrastructures de marchés européennes quand ces derniers paraissent promis à l’étiolement ? Les autres ne pourront que déplorer l’aveuglement de leurs dirigeants.

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