Quand la Fed tourne la page

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Ben Bernanke avait de solides raisons pour ne pas évoquer si tôt la fin de sa politique d’assouplissement quantitatif. La création d’emplois reste modérée aux Etats-Unis tandis que l’inflation qui s’affaiblit implique déjà un resserrement monétaire non négligeable. Mais en évoquant explicitement les futures règles du jeu, il a pris le parti de s’attaquer sans tarder aux bulles d’actifs dont l’injection forcenée de liquidités boursouflait le système. Les distorsions dans l’allocation des capitaux dans le monde entier menaçaient de fausser les perspectives réelles de rentabilité des investissements. Un rétablissement des primes de risques était nécessaire pour éviter de créer les conditions d’un nouveau tsunami financier qui aurait été la suite certaine de leur quasi-disparition. Aussi ne peut-on pas dire que cette remise en ordre soit prématurée. Quant à la netteté de son propos, dont certains ont pu regretter le luxe de précision plutôt surprenant, il a pour grand avantage de baliser clairement la route sans exclure la souplesse à laquelle la Réserve fédérale ne saurait renoncer si le recul du chômage n’est pas à la hauteur des espérances.

Cette clarification annonce beaucoup de volatilité. C’est vrai, bien sûr, sur les marchés d’actions mais leur retrait importe moins que celui des marchés de taux. Les investisseurs y ont, sans attendre, révisé leurs positions, dans des proportions parfois impressionnantes comme dans le cas des pays émergents, mais aussi dans les pays développés. La nette remontée des taux européens, particulièrement claire en termes réels, montre que les investisseurs croient à l’entrée dans un nouveau cycle de taux d’intérêt. La Banque centrale européenne garde évidemment une marge d’autonomie pour ne pas resserrer trop vite. Reste que partout, l’idée que la politique monétaire hors normes des banques centrales atteint ses limites gagne des adeptes.

Chacun doit, en Europe, se préparer aux conséquences. C’est vrai des emprunteurs privés, en particulier les plus petits d’entre eux qui souffrent déjà d’un crédit rare. C’est vrai du système bancaire, dont les conditions de financement restent viciées : tout à la fois anémiées et fragmentées, elles témoignent d’une absence totale de retour à la normale et d’une fragilité que les politiques européens sous-estiment. C’est vrai enfin des Etats qui ont bénéficié depuis un an, avec la fameuse entrée dans l’arène de Mario Draghi, d’une accalmie miraculeuse sur les marchés de dettes. Celle-ci pourra-t-elle survivre à la nouvelle donne qui se dessine dans le monde ? Telle est la question capitale qui se pose, notamment en France où le mouvement de renationalisation des dettes a été très bénéfique. A l'heure où la facilité menace de limiter la réforme des retraites, l’évolution récente des taux longs montre que la fin de l’état de grâce sur les marchés est moins que jamais une éventualité à négliger.

A lire aussi