L’avis de... Alexis Karklins-Marchay, associé « évaluation » d’Ernst & Young

« Une projection des ‘cash-flows’ futurs pas assez précise »

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment Facebook a-t-il pu techniquement atteindre un niveau de valorisation exagéré au moment de l’introduction (IPO) ?

Il y a eu une surmédiatisation de cette IPO depuis un moment, et de nombreux investisseurs ont eu l’impression qu’il était indispensable d’avoir cette société en portefeuille. L’analyse technique s’était au préalable appuyée sur une approche multicritère avec la méthode des comparables et surtout la méthode des cash-flows futurs actualisés (DCF), qui demeure une pratique difficile et certainement pas une science exacte. Problèmes : Facebook a développé un modèle économique unique à son échelle ; et ce modèle doit encore prouver sa capacité à dégager du chiffres d’affaires et des cash-flows à partir de sa base d’utilisateurs. Les spécialistes n’ont donc pas pu s’appuyer sur une expérience passée pour leur projection de cash-flows futurs, et ils semblent avoir opté pour un scénario très (trop ?) optimiste, au moins pour les premiers temps.

Certains disent la méthode des comparables peu significative pour des industries à faible intensité capitalistique...

Il est possible d’utiliser cette méthode dans les industries de services. Le problème de l’internet, avec potentiellement de fortes marges, c’est qu’une légère hausse des bénéfices change rapidement tous les ratios. Et que chaque modèle qui s’y développe est suffisamment unique (Google, Amazon, eBay, Twitter...) pour qu’il soit difficile d’avoir une analyse précise des bénéfices futurs : les rendements y progressent d’ailleurs souvent avec le chiffre d’affaires alors que, dans d’autres secteurs, la croissance est généralement synonyme de compétition. Facebook va peut-être changer cette tendance, car si c’est un peu le « père » des réseaux sociaux, son modèle large et généraliste semble inspirer d’autres succès possibles, plus ciblés et potentiellement concurrents : LinkedIn, Pinterest, Tumblr...

Comment expliquer un retournement des marchés en 24 heures ?

Après l’euphorie pré-IPO, il y a eu un flou dans la communication. Et les investisseurs ont eu des doutes naturels quant aux fondamentaux. Le problème étant bien de savoir quelles perspectives de croissance des cash-flows futurs intégrait une valeur d’introduction de 100 milliards de dollars.

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