Dossier ISR

La profession doit relever le pari de la transparence

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Poussés par la réglementation, les acteurs de l'ISR s’organisent aussi de leur côté pour davantage de clarté.

Talon d’Achille de l’approche ISR (investissement socialement responsable), la transparence est souvent pointée du doigt par les investisseurs. Ainsi, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) explique avoir observé des notations différentes pour une même entreprise selon les mandats retenus. « Il y a de fait des questionnements sur l’hétérogénéité des résultats », souligne Jean-Philippe Olivier, responsable du département gestion déléguée. Ce à quoi répond Olivier Johanet, président et cofondateur de La Financière Responsable : « Ce qui fait un marché, c’est l’affrontement d’opinions divergentes, sans quoi le marché n’existerait pas ! » Soit. « Il est vrai que l’approche peut ne pas paraître très claire », reconnaît Cécile de Lasteyrie, directeur du développement ISR chez Dexia AM. Il n’existe pas de standard en la matière et l’on retrouve presque autant de modes opératoires que de gestionnaires. « L’une des raisons est sans doute liée à la genèse de la gestion ISR qui est née de l’offre et non de la demande », analyse-t-elle.

Conscients de la nécessité de s’appliquer à soi-même ce que l’on impose aux autres, les gestionnaires ont orienté leurs efforts vers une meilleure communication. « Il est évident que l’ISR doit être transparent par éthique », soulève Manuel Domeon, responsable de la gestion ISR chez Edmond de Rothschild AM (Edram). Il faut dire que la réglementation encourage l’industrie dans cette voie. « Le Grenelle de l’Environnement - et notamment l’article 224 - soumet les sociétés de gestion à de nouvelles obligations d’information de leurs clients et fixe un cadre de présentation », détaille-t-il. Les maisons de gestion se doivent de préciser comment elles prennent en compte dans leur politique d’investissement les critères de développement durable relatifs au respect d’objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). « La diffusion de cette information doit figurer sur le site internet de la société de gestion au plus tard le 1er juillet 2012, mais aussi dans le rapport annuel des OPCVM, établi au titre de l’exercice ouvert à compter du 1er janvier 2012 », complète le responsable d’Edram.

Si les gestionnaires se plient à plus de transparence, les moyens qui sont aujourd’hui les leurs afin de pourvoir à davantage de clarté sont également plus importants. Cette même loi oblige les entreprises non cotées à publier leur politique extra-financière. « Désormais, les entreprises de plus de 5.000 salariés et d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires doivent rendre des comptes sur leur ‘politique de responsabilité sociale et environnementale’ », explique Philippe Arnaud, associé de KPMG et responsable développement durable. Et dès 2014 seront concernées par le reporting environnemental et social les sociétés non cotées de plus de 500 salariés dont le chiffre d’affaires dépasse 100 millions d’euros. « L’homogénéité de ces informations sera précieuse pour les gérants de portefeuille, présage ce spécialiste. Incluses dans le rapport de gestion approuvé par leur conseil d’administration, elles figureront dans les documents annuels. » Néanmoins, pour Olivier Johanet, « les entreprises ont bien compris que depuis deux ans, les sociétés de gestion prennent davantage en compte leur politique ESG. Le Grenelle 2 va dans ce sens. Nous n’assistons pas à une révolution ».

Lisibilité et autodiscipline

De son côté, la profession se fait fort de s’organiser. Ainsi, le Code de transparence conçu et approuvé par l’AFG (Association française de la gestion financière) et le FIR (Forum pour l’investissement socialement responsable) est une version française du Code européen de transparence pour tous les fonds ISR ouverts au public. « Il s’agit, au travers de fiches signalétiques, sortes de passeports, de définir le processus de gestion de la manière la plus lisible possible, précise Manuel Domeon. Mais aussi de poser les fondements d’une autodiscipline de la profession par un cadre commun des bonnes pratiques de transparence. » Cependant, en matière de communication, outre la transparence, c’est bien la clarté qui doit primer. « Certains d’entre nous laissent entendre que l’ISR est la solution parfaite, relève Christophe Butz, expert en durabilité chez Pictet à Zurich. Or les produits ne le sont pas. La meilleure protection contre tout détracteur est de dire et d’expliquer ce que l’on fait et l'objectif recherché. » Une clarté qu’appelle aussi de ses vœux Olivier Johanet. « On s’aperçoit que certains produits pourtant socialement responsables portent dans leur appellation le vocable 'euro' et sont pour autant investis en dehors de la zone euro. » D’autres sont porteurs de la spécification DNR. Or il faut dans ce cas lire « dividendes non réinvestis » en lieu et place du communément retenu « dividendes nets réinvestis ». Pas très éthique.

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