Dossier Métier titres

Une profession aux compétences techniques et diversifiées

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Les politiques RH favorisent les mobilités internes afin de permettre aux professionnels de valoriser leur expérience.

Dans le secteur bancaire, les activités « titres » figurent parmi celles qui ont été témoins ces dernières années d'une profonde transformation de leur métier. Le métier de base de la conservation de titres a ainsi largement étendu son périmètre pour s’orienter vers le règlement-livraison-compensation, les services aux émetteurs et la gestion d’actifs. Cette extension s’est accompagnée d’une industrialisation des activités et, plus récemment, d’une prise en compte marquée des risques. « En vingt ans, le métier a énormément évolué, confirme Mathilde Guérin, responsable du réseau de sous-dépositaires chez Société Générale Securities Services (SGSS). Il s’est informatisé et internationalisé. Aujourd’hui, le traitement de masse est réalisé à une échelle internationale et il y a aussi une sensibilité accrue aux risques avec des procédures renforcées et des professionnels mobilisés sur ces aspects. »

L’internationalisation de ces métiers au sein des groupes bancaires a aussi eu un effet sur la taille des effectifs. « En 1994, la direction titres de Paribas comptait 400 professionnels. Nous sommes actuellement 3.200 à Paris et environ 7.200 dans l’ensemble de BNP Paribas Securities Services, indique Jean-Marc Pasquet, responsable de la région France-Belgique chez BNP Paribas Securities Services (BP2S). En 1995, nous avions six implantations à l’étranger ; aujourd’hui, nous sommes présents dans 32 pays. »

Modification des profils

Le métier de la conservation a toujours fait appel à des compétences assez pointues (c’est moins le cas dans le post-marché retail qui s’adresse à la clientèle des réseaux bancaires), avec des professionnels issus d’écoles d’ingénieurs ou de formations scientifiques. Aujourd’hui, l’innovation permanente venant des marchés financiers et le poids des nouvelles réglementations accroissent encore davantage le besoin en compétences techniques. « L’automatisation et l’informatisation croissantes des opérations combinées à des évolutions réglementaires fréquentes ont modifié le profil des professionnels, relève Pascale Voillot, responsable du développement RH de Caceis (filiale du groupe Crédit Agricole). Il leur est demandé davantage de compétences en audit pour assurer le contrôle des opérations, largement automatisées. » « Du fait de la complexification des actifs financiers, notamment les produits dérivés, les profils dans le 'global custody' sont plus techniques, issus principalement d’écoles d’ingénieurs, ajoute Frédéric Hatsadourian, senior manager division banque et assurance chez le recruteur Robert Walters. Cette nécessité en nouvelles compétences (le 'pricing' des dérivés par exemple) a contribué à changer l’image de ces métiers. » Les jeunes diplômés d’écoles de commerce et d’universités ont néanmoins toujours tendance à l’ignorer, les activités « titres » présentent un grand éventail de métiers où le diplôme d’ingénieur n’est pas forcément indispensable. « C’est un métier d’une profondeur que l’on n’imagine pas ! Il y a une grande diversité, souligne Jean-Marc Pasquet. Nos effectifs sont composés de commerciaux, de responsables produits, de chargés d’opérations et d’informaticiens, sans parler des fonctions supports (marketing, juridique, risque et conformité, etc.). »

Après son diplôme de l’Ecole de commerce de Clermont-Ferrand, Benoit Meon avait rejoint le middle-office chez SGSS. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il occupe depuis 2010 le poste de customer relationship manager au département liquidity management. « Mon rôle est d’assurer la relation quotidienne avec les clients (banques, banques centrales, institutionnels, assureurs…), explique ce jeune professionnel. Pour cela, je suis en relation avec différents départements de SGSS : les opérateurs de marché, les systèmes d’information (IT), les risques, etc. » Ce qui caractérise son métier, c’est la transversalité : « Côté clients, je suis en contact régulier avec les gérants et les responsables du traitement des opérations », et il intervient aussi sur des supports de communication tels que les réponses à des appels d’offres ou des présentations commerciales. « Ce qui m’intéresse le plus reste la prospection commerciale », précise-t-il.

Passerelles

Pour Mathilde Guérin, ingénieur de formation, qui exerce dans les titres depuis vingt ans, « les compétences se gagnent surtout sur le terrain et avec l’expérience ». Et pour permettre aux collaborateurs de valoriser cette expérience et de la transposer dans d’autres métiers, les politiques RH favorisent souvent les passerelles en interne. « Nous avons une politique de mobilité interne à laquelle nous sommes très attachés. D’ailleurs, nos collaborateurs sont très friands de mobilité, ils ont des attentes en termes de parcours de carrière, notamment à l’international, observe Remi Leveau, responsable des ressources humaines de BP2S. Après une dizaine d’années d’expérience, on voit des professionnels de l’IT (systèmes d’information, NDLR) s’orienter vers des activités plus fonctionnelles comme le 'business development'. »

Chez Caceis, 10 % de mobilité interne a été réalisée en 2010 sur un effectif de 1.600 salariés. « Les collaborateurs se sont notamment tournés vers les fonctions de risque et de 'compliance'. Près de vingt opérationnels ont effectué une mobilité vers les fonctions supports », précise Françoise Feisthauer, responsable de la gestion individuelle de Caceis en France pour les activités de banque dépositaire-conservation et d’administration de fonds. La stratégie RH de Caceis a été plus loin. « Cette année, nous avons lancé 'Caceis School', un dispositif d’école interne pour transmettre les savoir-faire et partager l’expertise dans nos métiers, expose Pascale Voillot, responsable du développement RH. Lors de 'Semaines Découvertes', les collaborateurs volontaires découvrent un métier spécifique grâce à une présentation réalisée par les managers du secteur et à une immersion dans le poste de travail. Près de 100 personnes y ont déjà participé et certaines ont décidé de changer de fonction suite à cette expérience ». Catherine Langer, responsable de département OPCVM et contrôle comptable opérationnel chez Caceis en France, a expérimenté ce dispositif. « Certaines personnes de mes équipes ont été volontaires pour découvrir d’autres métiers en participant à l’une des 'Semaines Découvertes' de Caceis School et j’ai moi-même embauché, en septembre dernier, un collaborateur en démarche de mobilité qui vient du service 'prêts-emprunts', raconte-t-elle. Selon cette professionnelle qui gère un back-office opérationnel, « les collaborateurs ont soif de reconnaissance mais ils ont aussi, et avant tout, besoin d’éprouver un intérêt constant pour leur travail ».

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