Le prix de la vertu

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans la grande bataille de la compétitivité qui ne laisse à l’abri aucun secteur de l’économie, l’industrie financière européenne accumule ces temps-ci des défaites lourdes de conséquences. Apparemment décidés à endosser l’habit, paraît-il électoralement payant, de parangon de vertu financière, les responsables politiques de l’Europe croient habile d’aligner les arbitrages hostiles aux banquiers détestés et à tous ceux qui leur ressemblent. Le succès populaire est garanti mais il sera bref. L’Union européenne dans son ensemble, et chacun de ses membres en particulier, en paieront durablement le prix, en termes de croissance et d’emplois.

C’est ainsi que onze pays de l’Union ont entrepris de se doter d’une taxe sur les transactions financières dont ils espèrent qu’elle sera une source importante de financement pour le budget européen. L’expérience suédoise et plus récemment même la douloureuse et inefficace expérience française auraient dû les éclairer sur leur erreur de tenter seuls ce qui n’aurait de sens que sur une base universelle. Non seulement ils n’en tireront pas du tout les recettes fiscales escomptées, car on peut juger que les assujettis feront ce qu’il faut pour mettre le plus possible de flux imposables à l’abri du fisc, mais ils risquent de porter un coup très rude à leur industrie de la gestion d’actifs. Avec sa démagogie coutumière dès qu’il s’agit de finance, le gouvernement français n’a pas manqué cette occasion de persévérer dans son idée funeste, fût-ce au prix du sacrifice d’un des rares pôles d’excellence nationale qui lui restent. On serait résolu à pousser ses acteurs à s’installer au Luxembourg qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

En matière de bonus, beaucoup avait déjà été fait dans le cadre du G20 pour moraliser et encadrer ce type de rémunération. Mais pour les thuriféraires de l’éthique, il ne suffit pas d’être croyant, il faut être bigot. Le Parlement européen a donc fait du zèle pour imposer aux banques et aux autres institutions financières une rigueur inconnue partout ailleurs dans le monde. Comme personne n’a envie d’emboîter le pas de nos vaillants parlementaires aux Etats-Unis ni en Asie, l’Europe condamne son industrie financière à combattre ses rivaux à armes inégales, avant peut-être, le tabou du blocage des rémunérations étant levé, d’imposer la même discipline à d’autres secteurs ou catégories professionnels.

La contrepartie est déjà lisible dans les chiffres de l’emploi dans la finance. Le recul est patent et ne concerne pas seulement les spécialistes de la spéculation mais toutes les qualifications et tous les métiers. Confrontée à un problème récurrent de rentabilité, la banque française elle-même, pour la première fois depuis des lustres, détruira des emplois cette année alors qu’elle en était naguère un des principaux pourvoyeurs. Nos politiques ont-ils pleinement mesuré cet enjeu ?

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