Le prix de la sécurité

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

La crise financière a fait de « sécurité » le maître-mot. Le G20 a fait ce choix. L’Europe l’a fait doublement et, disons-le, follement. Tout à sa volonté de mettre l’épargnant à l’abri de tout risque, le Vieux Continent prend le chemin de raréfier exagérément les financements de son économie. Il ne s’agit pas seulement de Bâle III, qui contraindra les banques à restreindre leurs interventions ; il s’agit aussi des financements en fonds propres que les entreprises pourront lever sur les marchés. Car tout concourt aujourd'hui à les décourager. Gérard Mestrallet, bien placé pour en parler non seulement en sa qualité de président de Paris Europlace (lire L’invité de L’Agefi en page 6) mais aussi de PDG de GDF-Suez, le déplore publiquement.

L’Histoire dira si ce grand retrait des marchés actions, dont la directive Solvabilité II dans le secteur de l’assurance est l’illustration la plus achevée, ne s’inscrit pas dans un mouvement plus ancien encore que la crise, dont la démographie et l’endettement croissant des économies européennes sont les ressorts profonds (lire L’Evénement en page 10). La course à la rente sert l’intérêt des Etats, cette vérité ne date pas d’hier. Force est de constater que le grand désengagement des « zinzins » remonte au début des années 2000, tout comme celui des ménages, étrillés par deux formidables crises boursières successives. N'était le PEA, le bilan serait plus triste encore. En l'état, il est déjà spectaculaire, se comptant en centaines de milliards d’euros. Le reflux est d’autant plus redoutable pour un pays comme la France qu’il ne possède ni fonds de pension ni véritable fonds souverain, et que l’un de ses très rares investisseurs structurels en actions, le Fonds de réserve des retraites, mal aimé dès sa naissance, a été sacrifié sans fleur ni couronne sur l’autel de la réforme des retraites. Comme si cela ne suffisait pas, les arbitrages fiscaux rendus à cette occasion et surtout, ceux qui s’annoncent dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine ne laissent rien présager de bon. Pourtant, si l’idéologie dominante diabolisant la Bourse était pour une fois mise de côté, la sagesse commanderait de renforcer l’épargne longue en actions, notamment en vue de la retraite. La Place de Paris le réclame depuis des années, mais l’écho de ses idées ne chemine guère le long des corridors des ministères ou du Parlement.

Rendre son rôle à la Bourse est non seulement possible mais indispensable. Ce n’est pas un hasard si c’est là que les pays émergents viennent chercher les moyens de leur développement. Ce n’est pas un hasard non plus si les introductions et les augmentations de capital sont si rares à Paris. Les efforts de la Place ne peuvent pas tout. Quand les décideurs politiques prendront-ils conscience que le prix de la sécurité absolue est beaucoup trop élevé pour l’économie française ? 

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