Le private equity en panne

le 07/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Le capital-investissement français est en souffrance. Face à des levées de fonds laborieuses, l’industrie peine à répondre aux besoins de fonds propres des PME et des ETI non cotées. A qui la faute ? Le désamour des institutionnels face à cette classe d’actifs bien particulière n’est certes pas chose nouvelle. Le capital-investissement, de par sa nature peu liquide et sa structure de rémunération, ne correspond guère aux caractéristiques de leurs engagements d’assurance. Solvabilité 2, en renforçant les exigences de fonds propres sur les investissements en private equity, l’a un peu plus exclu du champ des possibles pour les assureurs, au-delà d’un actif de diversification à dose très limitée. Las, les gouvernements successifs semblent avoir enfoncé le clou dans le cercueil en alourdissant et déstabilisant le cadre fiscal. Enfin, les véhicules destinés aux particuliers restent réservés aux seuls investisseurs avisés.

Le tableau peut-il être aussi sombre ? A y regarder de plus près, le sujet ne réside pas dans les seules levées de fonds. Car la désaffection des investisseurs touche bien plus les LBO de grande taille que le capital-développement. Le gouvernement a certes sa responsabilité dans la situation alarmante des fonds. Mais la prise de conscience que le capital-investissement a globalement un rôle à jouer semble bien avancer, comme le montrent les conclusions des rapports Gallois et Berger-Lefebvre selon lesquelles l'épargne financière des ménages doit être mieux orientée vers le capital-investissement. Le recul de Bercy sur la taxation des plus-values face à la fronde des « pigeons » ou sur le réaménagement de la fiscalité applicable aux investisseurs étrangers en est une autre preuve.

A l’industrie aussi de savoir réagir. Cela passe par davantage de pédagogie, auprès des investisseurs et des entreprises comme du grand public, pour se défaire de l’éternelle image du financier qui, très occasionnellement, dépèce l’entreprise pour mieux la vendre ensuite. Cela passe aussi par une évolution du modèle, alors que les exigences de taux de rendement des investissements dans les PME, le plus élevé d’Europe, effraient plus d’une entreprise. Et plutôt qu’enchaîner les opérations à effet de levier sur des cibles considérées comme des vaches à lait, la recherche de cibles de valeur, en y apportant un travail de fond pour en accélérer la croissance, pourrait être privilégiée.

Sans ce travail indispensable, l’industrie risque effectivement de s’étioler. Or le capital-investissement a toute sa place dans le financement de l’économie, et peut être moteur de croissance, notamment pour accompagner les entreprises dans l’innovation ou leur offrir un terrain de jeu élargi à l’international (lire le Dossier page 28). Le private equity a encore de belles histoires à accompagner si chaque partie prend ses responsabilités.

A lire aussi