Le private equity dans la tourmente

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Le capital-investissement menace de tarir, nous alerte un de ses représentants (lire notre dossier page 28), et avec lui une source de financement importante des entreprises, notamment celles de taille moyenne ou dites de croissance, pourtant pas à la fête en ces temps de disette bancaire. De fait, avec des levées de fonds difficiles et des réserves bientôt épuisées, la cote d’alerte est atteinte. En cause, la vertigineuse baisse de la contribution des institutionnels français et européens, pris entre une réglementation particulièrement sévère - Solvabilité II en fait un investissement extrêmement coûteux en fonds propres -, des caractéristiques structurelles difficiles à gérer, notamment l’illiquidité des investissements et des frais de gestion élevés, peu adaptées aux engagements des assureurs, et enfin la mauvaise réputation de l’industrie. Celle-ci se serait en effet bien passée des polémiques récentes, relancées à l’occasion des campagnes électorales américaines, mais aussi plus franco-françaises, liées au comportement critiquable de certains capital-investisseurs. Même si le phénomène demeure largement anglo-saxon, concentré sur quelques acteurs spécialistes du retournement et du dépeçage de sociétés, surtout hors des périodes de croissance, l’opprobre tend à nuire à l’ensemble de la profession, par ailleurs pas toujours très habile dans sa défense contre ses détracteurs. La levée de boucliers contre le projet de loi de Finances prévoyant de revoir la taxation du carried interest a pu s’avérer une communication efficace auprès des dirigeants politiques, mais au risque de renforcer auprès de ses investisseurs l'image du financier préoccupé par sa rémunération (lire aussi page 6).

La balle est aujourd’hui dans le camp des gérants de private equity, appelés notamment à faire preuve de pédagogie sur leur contribution. Car le non-coté peut être un placement intéressant, non seulement décorrélé des marchés actions sur lesquels les investisseurs ont souffert bien des déconvenues, mais aussi porteur de rendements à long terme. Un aspect non négligeable face à des placements monétaires en berne et des obligations souveraines qui ont perdu leur vertu d’actifs sans risques. Les fonds de pension américains, il est vrai épargnés de la contrainte Solvabilité II, en sont bien conscients, et continuent à investir massivement dans cette industrie. C’est un actif de diversification. Mais surtout, le capital-investissement a son rôle à jouer dans le financement des entreprises, ce qui ne devrait pas échapper aux institutionnels soucieux de soutenir l’économie réelle. A un moment où l’on cherche à tout prix la recette de la croissance et de la compétitivité, on aurait tort de vouer aux gémonies ce type d’actionnariat complémentaire des autres dans la durée.

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