Le private equity belge cherche sa taille critique

le 25/11/2010 L'AGEFI Hebdo

La directive sur les gestionnaires de fonds alternatifs et le retrait relatif des banques créent une nouvelle ligne de partage.

Herman Daems aurait aimé faire reconnaître la spécificité du capital-investissement. Le patron du plus grand groupe de private equity belge, la GIMV, n’y est pas totalement parvenu : la directive sur les gestionnaires de fonds alternatifs (AIFM) adoptée le 11 novembre par le Parlement européen continue de mettre sous le même toit réglementaire capital-investissement et hedge funds. Cet économiste de 63 ans, devenu en 2009 président du conseil d’administration de BNP Paribas Fortis, reconnaît néanmoins que l’industrie a sa part de responsabilité : « Il y a dix ans, nous étions contents d’être rangés dans la catégorie de la gestion alternative. C’était une erreur. On a fini par nous associer à certains acteurs comme les ‘hedge funds’ avec lesquels nous n’avons rien à voir. » A présent, il préfère regarder devant lui plutôt que derrière.

Longtemps bras armé du gouvernement flamand, la GIMV, avec ses 810 millions d’euros d’actifs sous gestion et ses 200 millions de trésorerie, est devenue totalement « indépendante », assure son président (seuls 27 % du capital reste public). Le reste du marché est composé de boutiques ou de fonds familiaux beaucoup plus petits qui, jusqu’à présent, n’avaient pas à se soucier de conformité ou de supervision. « Ici, vous pouvez lever 100 millions d’euros demain sans rien dire à personne tant que vous ne faites pas appel public à l’épargne », souligne Jérôme Lamfalussy, partner d’e-capital, acteur de référence sur ce marché. En principe, cela restera le cas pour les deux ans qui restent avant la transposition de la directive AIFM. Mais les changements pourraient intervenir plus tôt. E-capital, par exemple, va s’appuyer à l’avenir sur une structure au Luxembourg, où l’activité est déjà encadrée. Les investisseurs attendent en effet de tous les fonds, même les plus petits, un « label qualité » (lire l’entretien).

Outre l’attractivité de ses PME, la force du marché belge réside dans ses investisseurs familiaux. « La Belgique est un Etat pauvre peuplé de gens riches », aime à rappeler André Bergen, l’ancien patron de la banque flamande KBC. Le PIB par habitant est égal à celui de la Suède, de 13 % supérieur à celui de la France et de 8 % à celui de l’Allemagne. La banque privée peut jouer les apporteurs d’affaires pour les boutiques, tandis que certaines dynasties industrielles ont mis sur pied leur propre fonds actif, comme les Colruyt, le Leclerc belge, avec Sofindev, ou encore les Tesch, vieille famille industrielle implantée depuis deux siècles dans la zone du Luxembourg, de la Belgique et de l’Est de France, qui contrôle en partie la société d’investissement Indufin.

BNP Paribas change la donne

Du côté des banques, le paysage est contrasté. KBC cherche toujours un repreneur pour son activité private equity, dont la Commission européenne l’a obligé à se défaire en contrepartie des aides perçues en 2008 et 2009. Dexia, elle, a pu rester sur le marché. Elle dispose de 25 millions d’euros par an pour étoffer son portefeuille avec, pour mandat, de se concentrer sur les priorités du groupe : infrastructures, immobilier et technologies vertes. « Pour tout ce qui sort du cœur d’activités, nous procédons par partenariats », explique Peter Vermeiren, directeur structured and corporate finance chez Dexia. Fortis est en retrait depuis son rachat par BNP Paribas. Des rumeurs diverses et non confirmées lui attribuent l’intention de « se concentrer sur les gros ‘deals’ » ou de « ramener toutes ses participations en dessous de 50 % ».

Certains acteurs français trouvent néanmoins outre-Quiévrain un environnement favorable. UFG-LFP lève en Belgique une partie de son fonds UFG-IC Fund, qui applique à la récupération de créances commerciales internationales la technique du capital-investissement. « En Belgique flamande et aux Pays-Bas, il existe une forte culture du commerce extérieur, indique Alain Grec, membre du conseil d’administration d’UFG-LFG. Les fonds de pension et les ‘family offices’ sont suffisamment ouverts pour aborder ce type de produits alternatifs. »

Aux yeux de Herman Daems, cependant, le potentiel offert par la population des investisseurs belges reste insuffisamment exploité, faute de concentration suffisante. « Il serait bon que la taille des fonds augmente un peu », à la fois pour améliorer la diversification et se « montrer plus généreux » avec les entreprises obligées de revenir frapper à la porte des capital-investisseurs trop souvent. Voyant les grands acteurs anglo-saxons aborder le marché belge, le patron de la GIMV avait tenté de remédier à l’atomisation de la gestion en créant le fonds « XL ». Il a réussi à lever 110 millions essentiellement auprès de familles, en sus de 500 millions misés par la GIMV et le gouvernement flamand. « Si on peut montrer que cela fonctionne pour faire levier et regrouper les capacités d’investissement, alors nous sommes sur la bonne voie », dit-il. XL n’a investi pour l’instant qu’un tiers de ses moyens mais compte profiter du retournement de cycle pour étoffer son portefeuille.

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