Le poids des symboles

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

En France, on adore les symboles. Le symbole fait tout, c’est le remède suprême à l’impuissance, à défaut d’un changement, sa promesse. Or si pour le peuple, selon Victor Hugo, le plus haut symbole, c’est le pavé, pour le politique, c’est l’impôt. En créer un, c’est agir. Seule la décision compte, les conséquences sont secondes. La taxe sur les transactions financières le démontre une fois encore.

Cette taxe, la France ne l’a prônée que tardivement. Il a fallu des années avant que cette idée altermondialiste soit reprise par les partis de gouvernement et par Nicolas Sarkozy lui-même. Après ce ralliement, ses caractéristiques n’ont pas cessé d’évoluer. Elle a d’abord été préconisée sur une base internationale, au niveau du G20, pour tenir compte du risque de délocalisation pesant sur qui s’aviserait, comme naguère la Suède, de la créer seul. Puis, devant le refus de la plupart de ses membres de porter atteinte à leurs industries financières, Paris et Berlin ont assuré vouloir rechercher le consensus en Europe. Devant l'opposition de Londres et l’enthousiasme à reculons de leurs partenaires, les deux capitales ont annoncé qu’elles n’hésiteraient pas à ouvrir seules la voie. Et voici que désormais, alors que le débat se poursuit en Allemagne, la France veut conclure, toutes affaires cessantes, c'est-à-dire avant l’élection présidentielle. Exit la taxe solidaire, bonjour la taxe solitaire.

Cette dérive du calendrier se double d’une autre, sur le sens de l’impôt. A l’origine, il s’agissait de financer le développement et de lutter contre le réchauffement climatique. Puis, second reniement, ces nobles causes ont disparu devant celle, plus prosaïque, de financer le budget communautaire. D’ailleurs, dans le discours officieux français, on ne cache plus guère que l’intention première est de « punir » un secteur, la finance, à l’origine de la crise. Adieu la taxe de régulation, bonjour la taxe d’expiation. Que ce discours soit antinomique avec celui - officiel - qui assure que « la finance française a bien résisté à la crise » n’a d’importance que pour qui a du problème une conception plus industrielle qu’électorale.

Les conséquences possibles de cette taxe sur l’industrie financière sont-elles impossibles à mesurer ? Du côté de Bercy, on pense que le danger peut être conjuré en optant pour une assiette large à taux faible. Mais qui garantira qu’aux dérives déjà signalées ne s’en ajoute une troisième, celle d’un relèvement progressivement des taux ? Pourquoi un Etat impécunieux s’en priverait-il dès lors que impôt si populaire promet un rendement si astronomique ?

La réalité toute simple est que derrière les discours moralisants, la France va créer, seule, une taxe aux bases conceptuelles fluctuantes dans le but de mettre à l’amende une industrie impopulaire pour renflouer le budget. Que celle-ci en tire les conséquences au détriment de l’économie serait bien sûr fâcheux. Mais quelle importance puisque le symbole est sauf ?

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