Les PME espagnoles ont désormais un accès au marché

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

La création en Espagne d’une nouvelle infrastructure de marché dédiée aux émissions de dette de PME complète un dispositif européen déjà dense.

Les PME espagnoles trouvent un accès au marché - Photo : Fotolia

L’Europe est le théâtre d’une profonde mutation des canaux de financement des entreprises. Dernier acte de cette révolution, le lancement par la Bourse de Madrid (BME, Bolsas et Mercados Españoles), du Mercado Alternativo des Renta Fija (MARF), un marché alternatif de titres de créances. Cette plate-forme de négociation vient compléter un dispositif déjà étoffé sur l’ensemble du Vieux Continent permettant aux PME de lever de la dette directement auprès des investisseurs. « Cette initiative politique du gouvernement Rajoy est l’une des réponses au 'memorandum of understanding' (MoU) signé par l’Espagne en juillet 2012 dans le cadre de l’aide européenne », explique Gonzalo Gómez, directeur général du MARF. De fait, les entreprises espagnoles, plus qu’ailleurs en Europe, sont très dépendantes du crédit bancaire (80 % du financement).

Le MARF est un MTF (multilateral trading facility) qui offre des conditions d’émission et un coût réduit par rapport au marché obligataire classique. « L’une des seules conditions est de présenter deux ans de comptes audités », indique Gonzalo Gómez. De même, les exigences de documentation sont allégées et les sociétés ne sont pas soumises aux normes comptables internationales. Elles devront néanmoins présenter aux investisseurs une évaluation de leur crédit effectuée par une agence de notation agréée. « En ce qui concerne les seuls tarifs de cotation, ils seront d’environ 15.000 euros pour une émission de 20 millions d’euros à 5 ans », ajoute le directeur général du MARF. Ces contraintes limitées s’expliquent par le fait que les émissions sont réservées aux investisseurs qualifiés. Le montant nominal des titres a d’ailleurs été fixé à 100.000 euros. Dans les coulisses, les membres de ce marché, les conseils juridiques ou les banquiers, les brokers ainsi que les agences de notation accompagneront les émetteurs dans la procédure d’émission et la cotation du titre sur le marché secondaire.

Tambour battant

Les titres négociés pourront être des obligations à moyen et long terme mais également des titres de créances à court terme. Le projet a été mené tambour battant par les équipes du BME. « Nous avons réutilisé et adapté des outils de négociation déjà disponibles comme la plate-forme électronique Send (Sistema Electrónico de Negociación de Deuda) », note Gonzalo Gómez. Le carnet d’ordres et les prix seront mis à jour toutes les 15 minutes.

Les investisseurs seront incités à passer par la plate-forme car ils bénéficieront d’une exonération de la retenue à la source (de 21 %) prélevée sur les coupons. Ce marché pourrait rapidement se développer grâce à une évolution réglementaire en cours en Espagne qui permettra aux compagnies et aux fonds de pension d’investir dans des valeurs du MARF à hauteur de 3 % de leur portefeuille. Les dirigeants du nouveau marché refusent de s’engager sur des objectifs d’émissions. Selon une étude réalisée par l’agence de notation espagnole Axesor, près de 800 PME ibériques pourraient se financer sur ce marché mais seulement une centaine aurait le profil adéquat. Certains estiment à 100 millions d’euros le montant qui pourrait être levé dès la première année. Pour l’heure, Gonzalo Gómez relève l’intérêt de nombreux acteurs du marché mais ne préfère pas donner d’échéance quant à une première émission. « Les entreprises déjà cotées en Bourse et ayant obtenu l’autorisation pour émettre devraient être les premières à se présenter sur le marché. Ce sera plus long pour les autres », estime ce dernier. Entre vingt et trente opérations sont prévues chaque année pour des montants de 20 à 25 millions. Ces entreprises, d’une qualité de crédit moyenne équivalente à « BB », pourraient payer un coupon de 7 %, selon Axesor.

En attendant, ailleurs en Europe, d’autres marchés de dette de PME sont déjà très actifs. En mars, la Bourse italienne a ouvert un compartiment similaire, l'ExtraMot Pro, qui permet à ces entreprises d’émettre des minibonds. Déjà près de 3 milliards d’euros ont été levés par une dizaine d’entreprises. Le premier marché de ce type, l’Oslo ABM, avait été lancé dès 2005 en Norvège. Son stock en circulation est de plus de 4 milliards pour près de 50 émissions. Mais c’est surtout juste après la crise que le concept s’est développé en Allemagne sur les places régionales (Bond-m à Stuttgart en mai 2010, puis Entry Standard Market à Francfort, Der Mittelstandmarkt à Düsseldorf…). A l’inverse des autres plates-formes, l’Allemagne a ouvert ces émissions aux particuliers. Plusieurs milliards ont été levés par plus d’une centaine d’entreprises. En France, les émetteurs ont plébiscité les placements privés tandis que la procédure d’IBO (initial bond offering) de Nyse Euronext, taillée pour les PME, peine à occuper le devant de la scène.

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