Une plate-forme de trading nouvelle génération pour Qatar Exchange

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour attirer de nouveaux investisseurs, la Bourse du Qatar a refondu en profondeur son informatique et adopté le système UTP de Nyse Euronext.

Nous allons bientôt coter les obligations en pourcentage du pair, ce qui n’aurait pas été possible avec l’ancien système, déclare Olivier Guéris, directeur des opérations de la Bourse du Qatar, Qatar Exchange. Nous espérons commencer par les obligations souveraines d’ici à septembre, puis proposerons les obligations de sociétés d’ici à la fin de l’année. » Qatar Exchange, dans le cadre d’un partenariat stratégique entre le fonds souverain qatari, Qatar Investment Authority, et Nyse Euronext, s’est dotée d’une plate-forme de trading de nouvelle génération. Avec une prise de participation de 20 % du groupe boursier transatlantique dans le capital de Qatar Exchange, cet accord, finalisé en juin 2009, prévoyait la mise en place de la plate-forme de négociation boursière UTP (Universal Trading Platform) avec pour objectif « de créer une place financière de premier plan, faisant du Qatar la locomotive régionale sur le plan des marchés boursiers », explique Olivier Guéris. « Et la Bourse est au centre du dispositif, nous avions donc besoin d’un nouveau système de ‘trading’, plus performant. » UTP est la plate-forme de trading nouvelle génération de Nyse Euronext (lire l’entretien). Opérationnelle pour les activités propres du groupe boursier transatlantique depuis mars 2009, elle a été conçue pour être commercialisée auprès d’autres acteurs boursiers. Dans ce domaine, elle est en concurrence, notamment, avec la plate-forme Millenium du London Stock Exchange.

« Auparavant, nous disposions d’un système ancienne génération, en architecture fermée, fourni par Nasdaq OMX, un peu obsolète à vrai dire. Avec UTP, nous nous préparons pour l’avenir », prévient Olivier Guéris. Si la concurrence entre UTP, Millenium et autres se fonde principalement sur des arguments de performances et, notamment, de très faible latence concernant le traitement des ordres, ce n’est pas ce qui a motivé les dirigeants de Qatar Exchange. « Nous avons la chance de ne pas être confrontés à des demandes de très faibles temps de réponse, même si cela va changer avec la mise en place du DMA (direct market access - offre d’accès en direct à la Bourse sans passer par le système d’un membre, NDLR) », confirme Olivier Guéris. L’objectif de Qatar Exchange est d’attirer des investisseurs étrangers, d’origine européenne, nord-américaine ou asiatique, désireux de traiter des actifs qatari. Et pour ce faire, il faut leur fournir des services auxquels ils sont habitués comme du DMA, mais également des fonctionnalités comme les enchères de clôture, la protection des investisseurs contre les entrées d’ordres aberrants, ou leur permettre des types d’ordres assez sophistiqués, supportant des stratégies de trading algorithmique.

Une intégration complexe

La mise en place de la nouvelle plate-forme de trading a débuté en septembre 2009 pour une mise en production opérationnelle en septembre 2010. Un délai plus que raisonnable pour un tel projet informatique ayant nécessité le travail d’une équipe interne composée de vingt à vingt-cinq personnes à temps plein, accompagnée de cinq à dix acteurs externes. « Une fois la nouvelle plate-forme de ‘trading’ développée et intégrée à notre système d’information en avril 2010, nous avons procédé à trois cycles complets de tests jusqu’en juillet, puis nous avons procédé à des tests avec chacun de nos différents membres », détaille Olivier Guéris. Qatar Exchange compte à ce jour neuf membres, dont sept brokers ainsi que deux banques qatari, et en espère trois ou quatre supplémentaires d’ici à la fin 2011.

« L’intégration d’UTP à notre système de registre a été la partie la plus critique du projet », assure Olivier Guéris. La Bourse du Qatar, comme toutes les autres de la région, ne possède pas de chambre de compensation stricto sensu. En lieu et place est tenu un CSD (central securities depository), un registre donc, géré par la Bourse elle-même. Ce back-office assure une série de fonctionnalités post-trade comme la gestion du flottant sur titres, le règlement-livraison aux brokers, tout en assurant le respect des contraintes locales. Par exemple, les investisseurs étrangers n’ont pas le droit de détenir plus de 25 % des titres d’une entreprise qatari. Le registre doit ainsi être en mesure de calculer les seuils de détention avant de valider les ordres. « Nous avons donc demandé à Nyse Technologies de nous développer un module spécifique capable de gérer ces fonctions en temps réel pour la plate-forme de ‘trading’ avec, en fin de journée, l’envoi d’un ‘batch’ pour le traitement différé dans le back-office, précise Olivier Guéris. Cela a demandé un gros travail en termes de développement et de test. Dans les pays du Moyen-Orient, tous les investisseurs doivent détenir un compte individuel dans le registre de la Bourse. Nous en gérons 900.000. » En outre, le système de back-office, assez ancien et lui aussi basé sur une technologie Nasdaq, a été entièrement revu.

Un nouveau système de surveillance

Autre brique importante du système d’information de Qatar Exchange, un nouveau système de surveillance du marché est en phase de déploiement. C’est la solution Scila Surveillance de l’éditeur suédois Cinnober qui a été choisie. « La version définitive, entièrement paramétrée selon nos besoins, sera livrée en août prochain », annonce Olivier Guéris. A destination des équipes de contrôle des marchés, Scila Surveillance permettra de détecter, en temps réel, les comportements anormaux pouvant être contraires à la réglementation. Le système générera des alertes quand un acteur se trouve être partie prenante des deux côtés d’une transaction ou encore en cas de modification d’un ordre juste avant l’ouverture des marchés. « Je ne pense pas que ce genre de comportements délictueux soit très courant, mais le fait d’avoir un outil performant va lever tous les doutes », assure Olivier Guéris. L’ancien système, plus rudimentaire, ne générait des alertes qu’en J+1. Pour soutenir ces nouveaux équipements, Qatar Exchange a dû repenser son infrastructure informatique avec la mise en place de deux centres de données, un primaire et un secondaire, permettant une reprise d’activité dans l’heure suivant le problème. Avec l’ancienne infrastructure, le redémarrage de l’activité n’était possible que le lendemain. Ce nouvel équipement va permettre à Qatar Exchange de développer des offres propres à attirer de nouveaux flux d’investissements. Ainsi, après les obligations, ce sont les ETF (exchange-traded funds) qui seront proposés en fin d’année. Et d’ici à deux ans, les produits dérivés. Mais cela nécessitera de nouveaux investissements car une chambre de compensation devient obligatoire. « Et je pense que la partie ‘clearing’ est plus complexe que le ‘trading’ », anticipe Olivier Guéris.

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