La plate-forme de crédits syndiqués d’Euroclear monte en charge

le 16/12/2010 L'AGEFI Hebdo

L’outil centralise les informations échangées entre chefs de file et participants, rendant les opérations plus sûres et les participations plus liquides.

Les crédits syndiqués bénéficieront bientôt d’un traitement post-transaction identique à celui d’un instrument financier standard. Conçue à cet effet par Euroclear, la plate-forme Loan Reach prend tournure. « En tant que spécialistes du post-marché, nous voulons, sans pour autant modifier les caractéristiques intrinsèques de l’instrument, rendre plus robustes les processus post-marché pour les crédits syndiqués, permettant un traitement intégré depuis le front-office jusqu’au back-office, analogue à ce qui existe depuis quarante ans sur le marché des obligations », précise Olivier de Schaetzen, directeur des solutions produits Global Markets chez Euroclear Bank. Le projet remonte au temps où les effets de levier dans les bilans des emprunteurs donnaient lieu à des crédits syndiqués de plusieurs milliards d’euros, rassemblant jusqu’à une centaine de banques. Celles qui détenaient le rôle d’agent de ces facilités avaient alors approché la saturation du fait des communications plutôt informelles avec les participants, par messagerie ou télécopie. Loan Reach leur propose désormais de traiter sur un mode dématérialisé et sécurisé ces échanges, qu’ils aient trait aux flux de paiements lors des tirages et des tombées d’intérêts ou qu’ils concernent les événements pouvant survenir dans la vie du contrat comme les waivers (demandes de dérogation à certaines clauses) et les avenants.

Une vision des engagements

De nouvelles préoccupations vont favoriser le ralliement d’autres acteurs. « La liquidité est devenue une affaire prioritaire tant chez les prêteurs que chez les emprunteurs, la crise puis la perspective de Bâle III jouant en ce sens, indique Philippe Henry, european head of corporate & institutional banking chez HSBC Bank. Assumant le refinancement des banques, la Banque centrale européenne (BCE) a progressivement précisé ses exigences en termes de documentation et de liaisons informatiques, et le traitement normalisé des crédits syndiqués devient à cet égard une nécessité. Après avoir été intégrés et traités par Loan Reach, les crédits pourront aussi être plus faciles à apporter en repo. » HSBC a prévu d’utiliser la plate-forme début 2011, après Credit Suisse et Société Générale qui sont déjà connectés à l’outil. En outre, une quinzaine de grands acteurs de la syndication bancaire en Europe sont en phase de test et devraient donc bientôt rallier l’infrastructure.

En pratique, la plate-forme Loan Reach attribue un code à chaque crédit, permettant d’identifier contrats, tranches et tirages. « Grâce à ces identifiants, il sera possible de fournir une vision globale des engagements des banques, explique Olivier de Schaetzen. En outre, la réconciliation des positions des différents intervenants éliminera tout risque d’erreur. » De fait, Loan Reach représente un véritable projet de place sur lequel planchent aussi des représentants des banques centrales européennes et de la Loan Market Association.

Mais l’outil répond aussi à des préoccupations directes des banques puisqu’il va sécuriser les opérations en proposant, courant 2011, le dénouement multidevise. « Cette fonction permettra, dans les flux primaires - lors des tirages sur la tranche existante - l’irrévocabilité de l’opération et, lors des cessions de participations entre banques, de réaliser un dénouement plus sécurisé, en contrôlant l’échange des contrats contre les espèces », fait savoir Olivier de Schaetzen. Un avantage appréciable, notamment dans un contexte de liquidité difficile. « Avec Loan Reach, Euroclear jouera le rôle d’un compensateur et s’assurera de la disponibilité des fonds, précise Philippe Henry. Aujourd’hui, les fonds sont remis en jour J à l’emprunteur et s’il arrivait qu’une banque participante n’assume pas sa quote-part, l’agent ne le saurait que l’après-midi, si bien que les fonds seraient rappelés. Pendant la crise, les banques ont imaginé retarder la mise à disposition des fonds l’après-midi ou le lendemain du tirage. »

Par ailleurs, les emprunteurs pourront compter sur un traitement plus efficace par les banques. Ils vont toutefois devoir contribuer au projet. De fait, en vertu du secret bancaire, les contrats actuels ne permettent pas aux banques, en France, de communiquer à Euroclear Bank les données que sa plate-forme centralise, et une modification préalable des clauses de confidentialité s’impose. Un avenant au contrat est ainsi nécessaire ou, plus simplement, un échange de courrier dans lequel l’emprunteur donne son consentement à l’agent sur la communication des données. Des formalités réclamées pour les plus gros crédits syndiqués et ceux dotés d’une maturité longue, la plate-forme devant surtout accueillir les contrats nouveaux.

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