Un pis-aller pour les PME

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

La finance parallèle, temporaire planche de salut pour les entreprises ? Voilà une pierre dans leur jardin qui ne devrait pas échapper aux régulateurs. Pourtant, le mouvement est indéniable. Du fait de l’assèchement programmé du crédit bancaire, réduction des bilans oblige, de l’accès à un marché obligataire encore réservé aux grandes entreprises et d’un système de placements privés déjà structuré aux Etats-Unis ou en Allemagne mais cantonné aux signatures de qualité, les PME n’ont guère le choix : elles doivent se tourner vers des solutions de financement innovantes, essentiellement hors du secteur bancaire (lire L’Evénement page 8). Fonds de dette privée, fonds commun de titrisation, partenariat banques/assureurs au travers de fonds dédiés : les initiatives ne manquent pas. Les banques sont d’ailleurs moteur dans le développement de ce nouveau modèle. Leurs critiques visant la sous-régulation du shadow banking ne les empêchent nullement de rechercher activement des partenaires institutionnels, tout à leur crainte de perdre leurs clients.

Il est clair que ces nouveaux modes de financement alternatifs ne sont pas la panacée.

D’abord parce que les entreprises doivent s’adapter à des investisseurs distincts et multiples, aux exigences souvent spécifiques, et accepter un coût bien supérieur au crédit bancaire traditionnel, historiquement sous-évalué car subventionné par des activités de marché très lucratives.

Ensuite parce que les investisseurs, à l’exception des plus importants, ne sont guère armés en termes de compétences d’analyse des sous-jacents, pourtant indispensables à l’investissement en entreprise, surtout pour les midcaps. Ils tendent à se concentrer sur des secteurs qu’ils connaissent bien, notamment l’immobilier commercial, ou uniquement sur les plus belles affaires.

Enfin, parce que ces mêmes investisseurs, essentiellement les assureurs en France, restent contraints par la réglementation, tant dans leur allocation d’actifs qui doit rester majoritairement à court terme qu’en matière de supports d’investissement. Leur apport aux PME ne peut donc être que ponctuel et toujours en partenariat : rares sont ceux qui désirent assumer un vrai transfert de risque…

Surtout, les besoins sont infiniment plus importants que les sommes potentiellement mises à disposition. La banque publique d’investissement ne pourra à l’évidence pas régler la question, et les financements de marchés, qui tendent à migrer vers Londres, ne seront guère un recours. Pour assurer le bouclage du financement de l’économie, il faudra aller plus loin : réformer la structure de l’épargne - sans action volontariste, le système français restera focalisé sur des investissements à court terme -, rapatrier des activités de marchés, réintermédier si nécessaire, voire créer des véhicules collectifs taillés à la mesure des cibles. L’histoire du financement des entreprises reste à écrire.

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