Passe d’armes sur les dérivés

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La bataille s’intensifie autour de la réforme des produits dérivés. Le sujet, pour le moins technique et jusqu’ici plutôt l’affaire des spécialistes, est devenu hautement politique. En témoigne la joute récente entre l’Europe et les Etats-Unis, illustrée par les déclarations du secrétaire au Trésor américain Tim Geithner et du commissaire européen Michel Barnier, dénonçant les divergences réglementaires de part et d’autre de l’Atlantique, notamment sur l’interprétation des recommandations du G20 sur le sujet. Il est vrai que les enjeux sont considérables, peu de secteurs comportant autant d’aspects économiques, géopolitiques et techniques, tandis que les principes énoncés par le G20 sont pour le moins vagues (lire L’Evénement page 10).

Certes, il faut saluer l’unanimité des régulateurs et responsables politiques sur la nécessité de réglementer cette partie immergée de la finance. De même, on peut apprécier la relative bonne volonté des banques sur le sujet, qui tranche avec leur mobilisation sur d’autres points de la réglementation en cours de discussion, touchant Bâle III en Europe ou la règle Volcker aux Etats-Unis. Nul n’a oublié le choc provoqué par la découverte en 2008 des montants atteints par ces instruments, 600.000 milliards de dollars notionnels, et des risques induits par cet écheveau de contrats qui ont foisonné à l’ombre des véhicules hors bilan et largement à l’origine de la coûteuse opération de sauvetage de certaines institutions comme AIG. Le risque n’a pas disparu aujourd’hui. En témoigne le rôle que les dérivés de crédit ont pris dans la crise grecque, alors qu’ils ne pèsent pas plus de 2 % du montant de la dette du pays !

Mais le relatif consensus n’empêche pas que bataille il y a bel et bien. Car le gâteau à se partager est immense. Si la réforme aura très certainement un coût, et pourrait amoindrir la rentabilité des activités de dérivés, l’arrivée de produits jusqu’ici négociés de gré à gré sur les plates-formes de marché et de post-marché ouvre des opportunités commerciales considérables. C’est donc aussi l’avenir des places financières qui est en jeu : quelles grandes plates-formes d’échanges ou Bourses actuelles sauront attirer assez de liquidité sur ces instruments ? Quel continent sera à même de se doter avant les autres des infrastructures de nature à proposer une offre plus intégrée et compétitive de services post-marché ? Quelles BFI réussiront à dominer ce business lucratif ?

Chacun fourbit donc ses armes, en espérant que pourront être trouvées rapidement les réponses aux problématiques extrêmement complexes de l’encadrement de ces produits. Car à vouloir trop batailler sur des points techniques, la réforme qui a déjà pris du retard pourrait bel et bien s’enliser dans les sables.

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