Pas de grand soir pour les banques

le 28/03/2013 L'AGEFI Hebdo

« Much ado about nothing. » Après de longs débats et des échanges musclés, la séparation des activités de banque commerciale de celles d’investissement n’aura finalement pas lieu. La filialisation des activités risquées sera si cosmétique qu’on peut douter de l’intérêt d’instaurer une structure séparée fort coûteuse (lire L’Evénement). Les législateurs, à l’instar du gouvernement, se sont donc rangés aux préconisations des banques : préserver le modèle français de banque universelle, qui n’a pas failli dans la crise, c’est assurer la bonne continuité de leurs activités de financement de l’économie, si cruciales dans une conjoncture difficile, mais aussi dans le contexte de désintermédiation engendrée par Bâle 3. Il est clair que renforcer le coût des activités de financement des entreprises et de leur accompagnement sur les marchés à l’heure où le modèle doit être réinventé eut été fort mal à propos.

Les banques sont toutefois loin de sortir indemnes du processus législatif. Car si les députés ont su modérer leurs ardeurs quant à la scission bancaire, ils n’en ont pas pour autant abandonné leur volonté de renforcer l’étau autour des établissements financiers, avec pour résultat un lot de mesures qui pourraient s’avérer douloureuses. Sur les rémunérations tout d’abord, puisque, sans attendre CRD IV et le plafonnement des bonus que prévoit ce nouveau corpus de règles, les dirigeants, tout comme les « preneurs de risques » - en clair, les traders - et toute personne « exerçant une fonction de contrôle » seront les premiers à expérimenter le « say on pay » en France. Ils devront en outre mettre à contribution leur part variable en cas de résolution. La banque de détail n’est pas épargnée, puisque le volet protection des consommateurs, largement renforcé, pourrait bien durement affecter sa rentabilité. Les obligations de transparence sur les filiales, consensuelles dans le cas des paradis fiscaux, seront loin d’être anodines appliquées aux autres pays : révéler ses objectifs ne signifie-t-il pas offrir à ses concurrents les clés de sa stratégie à l’international ? Enfin, elles auront fort à faire pour répondre aux exigences d’un régulateur dont les attributions sont largement élargies, tant sur les opérations au jour le jour dans la tenue de marché que s’agissant de ses pouvoirs de résolution des crises bancaires.

Les banques ont donc échappé au grand soir promis - et probablement pris de l’avance sur le rapport Liikanen. Elles y ont cependant laissé des plumes, tandis que le débat sur le « too big to fail » - qui n’a été tranché dans aucun pays et continue d’alimenter la chronique aux Etats-Unis - reste lourd de menaces à venir pour le monde bancaire.

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