Partech Ventures, une société trentenaire très investie

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Le fonds, qui vient de boucler deux levées pour 160 millions d’euros, a déjà réalisé une vingtaine d’opérations via ces véhicules.

C'est à l’Institut du monde arabe à Paris que Partech Ventures a fêté ses trente ans le 9  décembre, devant un parterre d’entrepreneurs et d’acteurs de l’innovation. Pour le fonds international, cet anniversaire était l’occasion de célébrer l’une des plus importantes levées réalisées depuis le début de l’année dans le capital-risque en Europe (lire le tableau). Le fonds spécialisé dans l’Internet et les technologies de l’information est parvenu à mobiliser 160 millions d’euros, dont 130 millions d’euros alloués à Partech VI, bouclé définitivement en octobre. Ce véhicule, dédié à des investissements dans le early stage (premières années d’existence d’une société), a déjà réalisé cinq opérations et est désormais investi à 30 %.

Dans le cadre de ce fonds, « nous prévoyons de réaliser 20 à 25 opérations sur une période de quatre ans », déclare Philippe Collombel, associé-gérant chez Partech. L'activité early stage de Partech se répartit en moyenne à hauteur de 25 % aux Etats-Unis, 40 % en France et 25 % en Allemagne, les 10 % restants étant consacrés à des investissements opportunistes au sein de zones telles que le Benelux et l'Europe du Nord. Outre des institutionnels, le fonds a attiré de grands groupes industriels, Casino et Edenred. « Alors que Bâle III et Solvabilité II se révèlent défavorables à l'investissement des banques et assureurs dans des fonds, les entreprises se révèlent des souscripteurs précieux. Ces investissements représentent pour elles des sources d'innovation et de diversification. Ce mouvement est en train de prendre de l'ampleur », observe Philippe Collombel. Une mesure gouvernementale, inscrite dans l'article 8 du projet de loi de finances rectificative et visant à offrir aux sociétés la possibilité d'amortir sur cinq ans leur prise de participation dans des fonds de capital-risque ou des start-up, pourrait accélérer cette tendance.

« Club des 40 »

Au-delà de l’activité historique dans le early stage, un fonds d’amorçage de 30 millions d’euros baptisé Partech Entrepreneur a également vu le jour. « Nous réalisions déjà une à deux opérations d'amorçage par an [parmi lesquelles ont figuré des pépites telles que Dailymotion ou Business Objects, NDLR] dans le cadre de nos précédents fonds. Nous allons désormais investir dans une quarantaine de sociétés avec ce véhicule dédié », projette Philippe Collombel. Une quinzaine d’investissements, dans des start-up basées à Paris (Evergig, AlephD, Pricematch, Pricing Assistant) mais aussi dans la Silicon Valley (Pulse.io, Bugcrowd ou encore Attune.co) ont d’ores et déjà été réalisés cette année. « D'ici 24 à 30 mois, le fonds sera totalement investi », estime l'associé.

Le véhicule présente la particularité de réunir plus de 40 entrepreneurs ou de personnalités de l'économie numérique français ou américains au tour de table, ces derniers rejoignant d'autres souscripteurs tels que BNP Paribas, Econocom et le fonds national d'amorçage, géré par Bpifrance. Ce « club des 40 », qui se réunit trimestriellement, a pour mission de conseiller les entrepreneurs et de les faire bénéficier de leur réseau. « L'idée est de leur donner les moyens de réussir et pour certains d’entre eux de les accompagner dans un deuxième tour de table avec Partech VI », explique Philippe Collombel.

Stratégie plus risquée

La stratégie de Partech Entrepreneur se révèle plus risquée que celle du fonds Partech VI : dans le capital-amorçage français, un euro investi rapporte en moyenne 0,79 centimes, selon des chiffres publiés en novembre par Bpifrance. Néanmoins, l’objectif affiché est de faire un fonds aux performances comparables à ceux des fonds early stage de Partech, « grâce à un vivier très important de projets, une identification et un tri des meilleurs en amont, un suivi rapproché des entrepreneurs sélectionnés et une gestion des fonds répartie entre investissement initial et soutien dans la durée », précise Romain Lavault, ingénieur et ex-entrepreneur du portefeuille Partech, qui a rejoint l’équipe parisienne en début d’année pour animer Partech Entrepreneur.

Né en 1982 dans la Silicon Valley, Partech, à l’origine filiale de Paribas, est devenu indépendant à la fin des années 80, avant d’être racheté en 2007 par Philippe Collombel, à parité avec Jean-Marc Patouillaud, le deuxième associé-gérant. « Cette reprise s'est faite juste avant la crise des subprimes. Un an plus tard, cela aurait été impossible ! », confie Philippe Collombel. Présent à Berlin depuis 2012, Partech prévoit de renforcer sa présence en Allemagne où un recrutement est en cours.

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