Entretien avec... Sharon Bowles, présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen*

« On crée une dépendance plus grande vis-à-vis des dettes publiques »

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

La révision des règles sur les capitaux propres des banques sera au centre des travaux parlementaires pendant les prochains mois. Comment l’abordez-vous ?

C’est très bien de transposer correctement Bâle III en Europe. Mais un certain nombre de choses m’inquiètent. Par exemple, le fait de transformer les exigences minimales de Bâle III (sur les ratios de fonds propres, NDLR) en exigences maximales, comme le fait le règlement présenté en juillet, pose un problème.

Mais le commissaire Michel Barnier assure qu’il a aménagé une flexibilité telle qu’elle laisse la possibilité d’aller au-delà des 8 % de Tier one…

C’est un signe de bonne volonté. J’aborde la négociation de façon très ouverte. De toute façon, quand un texte législatif sort, il y a toujours dix manières de l’interpréter. Mais un autre problème, plus sérieux, m’inquiète : on est en train d’incorporer dans la réglementation une dépendance plus grande vis-à-vis des dettes publiques. Certes, le comité de Bâle a estimé il y a un an que les dettes souveraines étaient les actifs les plus liquides. Mais peut-on encore raisonner sur cette base aujourd’hui ? J’ai peur que l’on soit en train de poser les germes du prochain désastre résultant d’une bulle de la dette publique. Mario Draghi (gouverneur de la Banque d’Italie et futur président de la Banque centrale européenne, NDLR) a reconnu que cette surconcentration sur la dette souveraine créait un problème.

Pourquoi exactement ?

D’abord parce que la liquidité des souverains n’est pas forcément assurée. Mais aussi parce que les émetteurs privés investment grade vont en souffrir. C’est un problème pour le financement à long terme des infrastructures et de l’investissement en général. Nous avons un ensemble considérable de réglementations qui visent à renforcer la stabilité, mais nous ne nous soucions pas assez de voir comment cela affecte la croissance.

Michel Barnier veut ajouter une strate de régulation des agences de notation. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord avec la Commission sur ce point, je suis notamment moins sévère concernant la notation des dettes souveraines. Après tout, la méthodologie des agences est publique. Je ne pense pas que l’on va rendre confiance aux investisseurs en exerçant un contrôle politique sur ces agences. Il faut plutôt chercher d’autres moyens de mesurer et de gérer les risques, par exemple en regardant les spreads ou grâce à une meilleure appréciation de la liquidité d’un titre. Ajouter une nouvelle couche de législation est un peu trop simple. Le salut de l’Europe ne réside pas dans un texte supplémentaire sur les agences de notation.

*Royaume-Uni, Alliance des libéraux et des démocrates européens

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