Oddo & Cie tend vers une meilleure rentabilité de ses métiers de marché

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Portée l’an dernier par ses activités de gestion, la banque familiale souhaite tirer de nouveaux revenus de sa recherche et de l’intermédiation.

Après trois années de baisse, 2011 a offert un répit à Oddo & Cie. « Notre produit net bancaire (PNB) est quasiment égal à celui de 2010, autour de 250 millions d’euros, annonce Philippe Oddo, associé-gérant de la banque familiale. Il a diminué dans la banque d’investissement où nos activités de ‘fixed income’ (crédit, NDLR), brillantes en 2010, ont reculé, tout comme le négoce de métaux et d’options et le M&A (fusions-acquisitions, NDLR), tandis que nos activités dans les actions sont restées stables. La gestion d’actifs et la banque privée ont en revanche progressé, ce qui démontre le caractère contra-cyclique de notre modèle. » L’effet de la baisse des marchés sur les actifs gérés, estimés à 23 milliards d’euros fin 2011, a été amorti par une collecte nette de 300 à 400 millions d’euros.

Effets de périmètre

Le groupe ne dévoile ni ses bénéfices, ni l’impact de ses acquisitions en gestion et banque privée. « Malgré la contribution de Banque Robeco sur neuf mois et de Banque d’Orsay sur douze mois (contre deux en 2010), le PNB global est sous pression, juge Philippe Lamaud, analyste chez Fitch Ratings, qui a placé la note « BBB+ » du groupe sous perspective négative en décembre. Le problème des revenus se couple à celui des coûts. Le coefficient d’exploitation devait se maintenir en 2011 à 90 % comme en 2010 alors qu’il était historiquement autour de 70-75 %. Sa hausse est liée pour partie aux coûts non récurrents liés à l’intégration de Banque d’Orsay et Banque Robeco », dont 150 collaborateurs ont rejoint Oddo & Cie.

La banque « prône une approche pragmatique pour ses lignes d’activités, en fonction de leur rentabilité », poursuit l’analyste. Philippe Oddo se veut rassurant : « Nous n’aurons pas à céder telle ou telle activité, mais à maintenir une dynamique d’ensemble. » Connu pour sa politique d’acquisitions et de partenariats, il rappelle la solidité de sa banque : « 380 millions d’euros de fonds propres, un ratio de solvabilité supérieur à 16 % et un ratio de liquidité supérieur à 350 %. » « Même si l’intermédiation n’est pas extrêmement rentable, nous sommes moins touchés que les grands acteurs quand les volumes diminuent, ajoute Nicolas Wirz, directeur général du courtier Oddo Securities depuis un an. Nous ne sommes pas soumis à la dictature des parts de marché mais privilégions les clients rentables. »

Cela concerne en premier lieu la recherche d’Oddo Securities, qui compte une centaine d’analystes actions et crédit à Paris et Tunis. « Le lectorat de notre recherche dépasse largement le cercle de nos clients. Cela nous incite à mieux la valoriser et nous avons dédié deux vendeurs à cet objectif, explique Philippe Oddo, qui veut porter de 340 à 370 le nombre de valeurs européennes couvertes. Nous développons en particulier des outils nous permettant de mieux suivre l’audience de nos analystes et de réserver progressivement notre recherche à nos clients. » Ce défi de la rentabilité rappelle celui de Kepler Capital Markets, un autre courtier indépendant à forte empreinte française qui a décroché récemment la sous-traitance de la recherche de la banque italienne UniCredit (L’Agefi Hebdo du 1er décembre).

Comme lui, Oddo & Cie s’est aussi relancé dans les produits structurés. « Cet été, nous avons monté une activité ‘cross-assets’ (multiclasses d’actifs, NDLR) pour proposer des produits structurés simples utilisant les différents savoir-faire de la maison dans les ‘midcaps’ et sociétés familiales, indique Nicolas Wirz, rejoint pour cela par deux spécialistes passés, comme lui, chez Morgan Stanley. En outre, nous avons hérité du prêt-emprunt de titres de Banque d’Orsay et recruté deux professionnels du ‘program trading’ (ordres automatiques, NDLR) et de l’intermédiation d’ETF (fonds indiciels cotés, NDLR). Nous allons allumer tous ces moteurs en 2012. »

Le groupe est moins bavard sur d’autres activités ou implantations de sa banque de financement et d’investissement (BFI). En Espagne, « notre activité reste conséquente dans les actions et le ‘fixed income’ mais elle est trop faible dans l’intermédiation des dérivés », indique seulement Philippe Oddo. D’autres entités font peu parler d’elles, comme Oddo Options, en perte en 2010, et Oddo Power, courtier d’électricité pour lequel des réflexions sont en cours, selon une source proche. Quoi qu’il en soit, Philippe Oddo vise cette année « une hausse de 20 % à 25 % des revenus de la BFI dans tous les produits, à charges égales ».

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