Les obligations de projets prisées des BFI françaises

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Avant Bâle III, elles veulent promouvoir les solutions de marchés pour financer des infrastructures.

Ne pas rater le train de la désintermédiation. C’est l’objectif des banques françaises, historiquement très actives dans le financement de grands projets (voir le tableau). Alors que Bâle III va imposer des normes de liquidité défavorables aux prêts à long terme (L’Agefi Hebdo du 28 avril), les banques de financement et d’investissement (BFI) veulent proposer des solutions de marché, via des obligations de projet (project bonds). Depuis peu, « nous avons une équipe dédiée aux ‘project bonds’, annonce Pierre Palmieri, responsable mondial adjoint des financements chez Société Générale Corporate and Investment Banking (SG CIB). Elle s’appuie sur les lignes métiers concernées : financement de projets, DCM (‘debt capital market’, marché primaire obligataire, NDLR), syndication et vente. Les trois premières collaborent à l’origination et à la structuration des opérations, puis la syndication assure l’interface avec les équipes de vente ».

Sur le marché encore marginal des obligations de projets (voir le graphique), « les Etats-Unis joueront un rôle central, car la base d’investisseurs y est plus large, mais le projet est mondial et concerne l’ensemble de nos clients émetteurs quelle que soit la zone géographique », poursuit Pierre Palmieri, dont la nouvelle équipe est basée à New York et Londres. La Commission européenne a en effet lancé une consultation visant à rehausser la qualité des obligations de projets grâce à l’intervention de la Banque européenne d’investissement (BEI). Cela permettrait de financer en partie les besoins d’infrastructures du continent, estimés entre 1.500 et 2.000 milliards d’euros de 2014 à 2020 (L’Agefi Hebdo du 3 mars).

Simulations d’alternatives

« La solution obligataire n’est pas encore une pratique de place mais devient de plus en plus compétitive, même si elle n’est pas toujours possible compte tenu des contraintes des appels d’offre », estime Alain Gallois, responsable monde de l’origination de dette chez Natixis, qui a réorganisé sa ligne métier fin 2010. « Nous travaillons étroitement avec les équipes de financements de projets car la syndication de crédit est désormais logée dans le périmètre de la plate-forme dettes, poursuit le responsable. Depuis l’an dernier, nous nous posons systématiquement la question du meilleur choix entre le prêt bancaire et les obligations. » La banque a créé un département de gestion de l’actif-passif et du capital, où l’équipe de solutions de crédit de Julien Philippon compte « une personne dédiée aux ‘project bonds’ et une autre aux financements obligataires du secteur public, notamment les collectivités locales européennes, explique Alain Gallois, mais nous allons attendre avant d’en recruter d’autres ».

BNP Paribas allie aussi ambition et prudence. « Notre groupe a des positions très fortes dans le marché obligataire (où il est numéro deux en Europe, NDLR) et les financements de projets. Les ‘project bonds’, à la frontière de ces deux spécialités, représentent un défi stratégique », explique Emmanuel Rogy, l’actuel responsable des financements de projets*, qui précise : « Nous n’avons pas d’équipe dédiée aux obligations de projets, mais faisons intervenir nos structureurs obligataires de Londres et New York. » Fin 2010, BNP Paribas s’est illustré en Italie, avec SG CIB, dans la première opération photovoltaïque européenne. La prise de risque des investisseurs a toutefois été limitée : la moitié de l’enveloppe de 195 millions d’euros a été souscrite par la BEI et l’émission obligataire a été rehaussée par une garantie de SACE, la Coface locale.

Si Natixis n’a participé à aucune opération récente, « nous travaillons à des placements privés de 40 à 50 millions d’euros en Italie et en Espagne. Nous espérons boucler, d’ici à six mois, deux ou trois financements ou refinancements en euros, et aussi en dollars au Moyen-Orient, indique Alain Gallois. Mais les investisseurs s’intéressent surtout aux grands projets et aux domaines dans lesquels ils ont une expertise, comme les infrastructures ou l’énergie, et générant des ‘cash-flows’ réguliers ». « Mal à l’aise face au risque de construction », les fonds de pension et assureurs européens pourraient s’intéresser, par la suite, à des tranches de refinancement, estime Terence Shanahan, responsable mondial adjoint de la syndication chez SG CIB. Pourtant, « en France, les engagements irrévocables et inconditionnels de l’Etat ou de Réseau Ferré de France en matière de redevance d’exploitation pourraient être financés sur les marchés de capitaux », pointe Stéphane Derouvroy, coresponsable du DCM chez HSBC France. A l’instar de ses concurrents, le groupe britannique tâche lui aussi, « depuis dix-huit mois », de mieux coordonner ses équipes pour rester dans la course.

*Il vient d’être appelé à prendre la tête du financement d’énergie et de matières premières dans la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique.

A lire aussi