Nyse Euronext veut répondre au souci de transparence post-négociation

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

L’opérateur boursier annonce pour fin 2011 un dispositif de données consolidées (« consolidated tape ») sur les marchés actions européens.

Nyse Euronext s’attelle seul au souci de transparence post-négociation. Sa filiale Nyse Technologies lancerait au troisième trimestre 2011 une consolidated tape pour les marchés actions européens. Ce dispositif centralisé permettrait de réunir, agréger et diffuser les données sur les transactions déjà effectuées via un site internet payant en temps réel qui deviendra gratuit passé un délai de quinze minutes. « Notre offre prévoit de bien séparer les données pré-négociation et post-négociation, comme le souhaitait le régulateur, et de rendre gratuit l’accès aux données post-négociation afin de démontrer qu’il est possible de les consolider et d’améliorer la transparence », précise Roland Bellegarde, vice-président exécutif du groupe. L’initiative trouve son origine dans le partenariat stratégique signé en juillet avec Markit, plate-forme de déclaration des transactions réalisées de gré à gré (OTC), qui ouvre à Nyse Euronext l’exclusivité du traitement de ces données OTC.

« Marché unique virtuel »

Pour rappel, la directive Marchés d’instruments financiers (MIF) a libéralisé, fin 2007, la négociation des actions en Europe entre les marchés réglementés, les plates-formes alternatives multilatérales (MTF) et les internalisateurs d’ordres au sein des banques, systématiques ou non (crossing networks). Cependant, la directive n’a pas imposé en contrepartie une transparence post-trade efficace qui aurait permis de reconstituer un « marché virtuel unique », indispensable pour tendre vers la « meilleure exécution » visée. En attendant la révision de la directive MIF en 2011, les « lieux d’échanges institutionnalisés » (hors OTC) doivent fournir les prix, volumes et horaires sur chaque transaction à la fois aux marchés (dans les trois minutes via leur propre site ou des plates-formes d’information financière), et au régulateur du marché de référence (pour le reporting normal en fin de journée).

Les acteurs de l’OTC et les crossing networks - qui n’étaient pas prévus par la directive mais ont une obligation vis-à-vis du régulateur en tant que prestataires de services d’investissement (PSI) - communiquent généralement aux marchés dans un cadre moins rigide dans le temps et dans l’espace : « Entre les transactions communiquées via un site confidentiel non reprises sur Markit et celles qui le sont à Markit à la fois par le vendeur, son ‘broker’, l’investisseur et son intermédiaire, il peut y avoir des doubles comptages ou pas de comptage du tout », note Roland Bellegarde.

Nyse Technologies est donc entré « en discussions avancées » avec les marchés réglementés pour distribuer leurs données post-trade via la consolidated tape, à un prix égal au coût d’acquisition en deçà des quinze minutes (évalué à 100 euros par mois par utilisateur pour l’ensemble des données). Cette base consolidée s’appuierait aussi sur les données aujourd’hui gratuites des MTF, à moins que certains ne relancent l’idée d’optimiser leur modèle par la vente de données : « Nous aurons un droit de regard et il n’est pas certain que nous autoriserons un concurrent à les reprendre ainsi », reconnaît Graham Dick, directeur du développement européen de Chi-X. Nyse Technologies devra donc se coordonner avec le régulateur et tous les opérateurs afin d’obtenir les autorisations. Et surtout de définir le standard de déclaration des transactions (format, contenu, processus), ainsi que les méthodes de classification/comptabilisation des opérations notamment pour l’OTC. « Le cahier des charges est avancé et devrait aboutir avant la révision de la directive », selon Roland Bellegarde. « Cela prendra du temps », nuance Graham Dick. « Un horodatage précis n’annulera pas la difficulté d’analyser la ‘séquentialité’ des transactions qui continueront à être déclarées par certains en blocs d’une minute (le délai maximal vraisemblable avec MIF II, NDLR) et non au fil de l’eau », ajoute Stéphane Giordano, responsable exécution à Paris chez SG CIB.

D’autres opérateurs pourront utiliser les données Markit Boat, mais seulement une fois consolidées selon ces standards par Nyse Technologies. Thomson Reuters a d’ailleurs annoncé un projet similaire, faisant douter certains observateurs de l’efficacité d’un système basé sur « plusieurs centrales ». Il n’est pas certain que l’industrie laisse un seul opérateur « tuer dans l’œuf » un éventuel marché des données post-trade, quand bien même cette offre s’apparente à un « service public » gratuit.

Aux Etats-Unis, le Consolidated Tape System est depuis 1975 une coopérative des Bourses, mais avec une contribution « obligatoire » des courtiers (L’Agefi Hebdo du 6 mai). En Europe, où des sociétés privées moins directement concernées étaient pressenties, Nyse Euronext a pris les devants...

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