Nyse Euronext prépare une Bourse dédiée aux particuliers

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La société lance une plate-forme d’échange d’actions dédiée aux investisseurs individuels. Son objectif : regagner des parts de marché à la concurrence.

Les investisseurs l’attendaient, Nyse Euronext l’a fait : l’opérateur a annoncé le lancement d’une Bourse pour les particuliers, le Retail Matching Facility. Opérationnelle en janvier prochain, celle-ci s’appuiera sur un carnet d’ordre dédié aux actionnaires individuels. Ils pourront y acheter et vendre leurs actions au meilleur prix à des apporteurs de liquidité, sélectionnés par Nyse Euronext. « Ces apporteurs de liquidité auront l’obligation de proposer le meilleur prix à 95 % du temps, explique en effet Alicia Suminski, une des responsables du business développement de Nyse Euronext. De plus, ils seront en concurrence les uns avec les autres. Cela ne peut que favoriser le particulier. » Si les prix ne sont pas jugés compétitifs, les ordres des particuliers seront rebasculés sur le carnet central où ils rejoindront le reste des transactions.

Une offre différente

Avoué à demi-mot chez Nyse Euronext, l’objectif du Retail Matching Facility est de stopper l’hémorragie des investisseurs individuels. Alors qu’ils représentaient historiquement 10 % à 12 % des transactions du marché, ils ne pèsent plus que 6 %. Outre l’effet crise, plusieurs plates-formes alternatives ont vu le jour depuis la directive MIF (Marchés d'instruments financiers) en 2007 et l’ouverture du marché des transactions boursières. Selon certains observateurs, elles auraient grappillé plus d’un tiers des actionnaires individuels.

Techniquement, l’offre de Nyse Euronext sera différente de celle de la concurrence. « Les autres plates-formes calculent le meilleur prix grâce à des algorithmes, nous laisserons la concurrence s’en charger », détaille Alicia Suminski. Les arguments en faveur de l’une ou de l’autre méthode de détermination des prix sont affûtés ; chacun les déroule avec soin. Pour Gilles Monat, directeur commercial d’Equiduct, l’un des principaux concurrents du futur Retail Matching Facility, « Euronext ne peut garantir aucune ‘best execution’ a priori ». Pour Nyse Euronext, son offre « vise à promouvoir un environnement transparent et plus compétitif ».

Des points d’interrogation

S’il est difficile de se faire un avis tant que la nouvelle plate-forme n’est pas lancée, il demeure que Nyse Euronext reste le marché de référence des particuliers. Sa nouvelle offre devrait séduire. Interrogé, Benoît Gommard, directeur général de Cortal Consors France, courtier spécialiste des particuliers, juge l’initiative intéressante. « Elle va redonner la priorité aux particuliers et permettre d’améliorer la qualité des 'spreads', notamment en période de crise. Nous sommes en discussion avec Euronext pour déterminer si nous y participons ou non. »

Pour autant, des points d’interrogation subsistent. Pour l’instant, seules les valeurs des indices nationaux, CAC, AEX, PSI et BEL y seront traitées. « Il faudrait s’intéresser à d’autres valeurs, plus petites, d’autant qu’elles représentent une part importante des investissements des particuliers », plaide un intervenant. Si l’on additionne les titres des quatre indices nationaux, on arrive à une petite centaine de valeurs concernées par le nouveau service de Nyse Euronext. A titre de comparaison, plus de 500 valeurs sont cotées sur Equiduct.

Des discussions sur les tarifs sont également attendues. « Aujourd’hui, nous travaillons entre autres avec Tradegate, confie Benoît Gommard. Ils nous proposent des tarifs à la transaction un euro moins cher qu’Euronext. »

Enfin, d’aucuns soulignent la difficulté de séduire les futurs apporteurs de liquidité. Selon nos informations, Nyse Euronext en attend une dizaine. Ils devront se partager tour à tour le marché, ne pouvant être plus de quatre au même moment. « Mais tout de même, espérer que quatre apporteurs de liquidité vont se battre pour les ordres jamais très importants de particuliers peut sembler optimiste », commentent plusieurs intervenants.

Les sociétés financières ont jusqu’au 7 décembre pour postuler au statut d’apporteur de liquidité. Gageons que la qualité des sélectionnés sera l’un des premiers indicateurs du succès de ce nouveau marché.

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