Nyse Euronext paré pour ne plus subir de pannes à répétition

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

L’opérateur boursier a fait état de sept incidents informatiques en deux mois, consécutifs à des adaptations de sa nouvelle plate-forme.

A sept reprises, entre le 20 juin et le 9 août, Nyse Euronext a connu des incidents techniques qui ont entrainé des suspensions de cotation, notamment sur le CAC 40. Dans un contexte boursier délicat - l’indice parisien a perdu 17 % de sa valeur sur cette période - et à l’heure de la compétition entre places boursières, l’enchaînement de pannes de cet été s’apparente à une série noire pour Nyse Euronext, dont le projet de fusion avec Deutsche Börse est en cours. Pourtant, dans le secteur, les problèmes informatiques ne sont pas rares : par exemple, la Bourse de Londres en a connu le 25 février et Chi-X, le 23 mai et les 13 et 15 juin.

« Nous innovons en permanence et les incidents de juin et juillet sont consécutifs à certains changements dans notre système d’information », explique Fabrice Péresse, responsable des opérations sur les marchés au comptant européens chez Nyse Euronext. « Notre plate-forme universelle de négociation, qui est centrale, est restée stable dans des conditions de marché extrêmes, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Ce sont les systèmes hérités anciens qui ont peiné sous le poids de la migration et des volumes sans précédent. » Baptisée UTP (Universal Trading Platform), le nouveau système se veut plus rapide, plus efficace et plus sûr. Il est connecté à un réseau mondial à haute résilience et à faible latence, le SFTI (Secure Financial Transaction Infrastructure). Il est également doté d’un système de diffusion des données de marché rapide et souple, le XDP (Exchange Data Publisher). « Améliorer nos systèmes d’information peut créer des zones de risque, ajoute Fabrice Péresse. Nous avons veillé à limiter les impacts et à assurer la qualité de service, mais il arrive que des ralentissements surviennent, malgré toutes nos précautions, lors de la mise en production. » « Les périodes de migration sont toujours critiques, confirme Axel Pierron, consultant chez Celent. Lors des tests, même en effectuant des simulations très poussées, on ne peut jamais répliquer complètement les conditions réelles de fonctionnement. On apprend forcément, en partie, par la pratique. »

Plus de 8.000 valeurs cotées

Quant aux pannes du mois d’août, « certains systèmes périphériques, qui n’ont pas encore été migrés, ont été éprouvés par les volumes d’activité inhabituellement élevés, indique Fabrice Péresse. Ce fut par exemple le cas de notre application pour le calcul des indices » (celle-ci devrait être intégrée à l’UTP dans les semaines qui viennent). Les volumes ont dépassé les niveaux de la crise de 2007-2008. « Les conditions de marché jouent énormément, précise Axel Pierron. Les Bourses doivent s’adapter à ces situations de stress, qui deviennent de plus en plus fréquentes. »

En tant que groupe boursier le plus diversifié au monde, Nyse Euronext doit gérer une plus grande complexité que ses concurrents. Présent dans cinq pays, il traite plus de 8.000 valeurs cotées et gère près de 40 % des volumes mondiaux en actions, sans parler des autres produits - obligations, fonds indiciels, dérivés… Les statistiques sont éclairantes : la plate-forme UTP est capable de traiter jusqu’à 680.000 ordres par seconde, tous marchés confondus. Sur le marché au comptant européen, 50 à 100 millions d’ordres sont traités quotidiennement en période normale - mais plus de 200 millions dans des périodes de pointe comme le 9 août dernier. Pas moins de 1,4 milliard de messages sont traités quotidiennement sur le New York Stock Exchange (Nyse), soit 3,5 fois plus que le nombre de recherches effectuées sur Google.

Course à la microseconde

Face à de tels volumes, l’architecture technique se doit d’être irréprochable. L’an dernier (L’Agefi Quotidien du 17 juin 2010), Nyse Euronext a inauguré dans la banlieue de Londres son nouveau « centre de données », un bâtiment de 30.000 m² - l’équivalent de quatre terrains de football - répondant aux meilleurs standards de qualité pour héberger ses serveurs, mais aussi, en « colocation », ceux de ses clients, banques et négociateurs pour compte propre. « Dans cette course à la microseconde, les équipements s’apparentent à des Formule 1 : de plus en plus pointus, mais poussés aux limites dans des conditions extrêmes », commente Axel Pierron.

Par ailleurs, des équipes ont été mises en place pour assurer le bon fonctionnement des systèmes et leur équité, et pour faire face aux crises. Une cinquantaine d’experts travaillent ainsi dans la salle de surveillance des opérations pour les marchés au comptant européens, située à Paris. Ces contrôleurs sont chargés notamment de repérer les variations de prix extrêmes ou les temps de latence inhabituels, qui peuvent donner lieu à une réservation, à la hausse ou à la baisse, voire à une suspension de cotation. « Au bout du compte, la Bourse s’apparente à un thermomètre : elle doit indiquer la température de manière transparente et précise, même quand celle-ci baisse ou augmente fortement, résume Fabrice Péresse. Notre rôle n’est pas de fixer les prix, qui sont déterminés en fonction de l’offre et de la demande, mais de mettre en place les conditions favorables à la détermination des prix, à la liquidité des transactions, et à la transparence du marché. Nous avons fixé un niveau standard très élevé. Par exemple, tous les systèmes informatiques clés sont doublés. Des alertes en temps réel nous permettent de détecter un algorithme fou ou un ordre aberrant. » Il faut pouvoir également se prémunir contre des attaques extérieures de pirates informatiques. « Nous sommes plus équipés que certains de nos concurrents », affirme Fabrice Péresse. Les MTF (plates-formes alternatives, NDLR) n’ont par exemple pas le même niveau d’équipement relatif à la réglementation et à la supervision. » Pour assurer la communication sur les incidents de marché aux clients, un portail web, accessible à tous, a été créé (http://marketstatus.euronext.com/cash.htm).

Doit-on s’attendre à de nouvelles pannes chez Nyse Euronext ? « Nous avons pris la situation très au sérieux, argue le groupe boursier. Nous avons travaillé nuit et jour avec méthode pour déterminer l’origine des problèmes et rétablir le service pour nos clients dans les plus brefs délais. » Pour Axel Pierron, « ces problèmes devraient s’estomper d’ici à la fin de l’année ». Et chez les concurrents ? « A ce jour, parmi les acteurs du secteur, Nasdaq OMX se distingue par une technologie de pointe, stable et sophistiquée. Reste à confirmer que ce sera toujours le cas lors de la prochaine version de son système… »

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