Nyse Euronext - Un nouveau souffle

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Faute d’alliance avec Deutsche Börse, l’opérateur mise sur les dérivés et les technologies pour se relancer.

Dans les locaux de Nyse Euronext à Paris.

Nyse Euronext a définitivement tourné la page Deutsche Börse. L’échec de cette méga-fusion, qui l’a mobilisé pendant plus d’un an, « ne nous a laissé aucune cicatrice », a affirmé Duncan Niederauer, son directeur général, lors de sa journée investisseurs du 2 avril. La Bourse transatlantique était pourtant attendue au tournant sur sa capacité à rebondir. Las, « cette journée n’a pas apporté de surprise majeure », constate Daniel Fannon, analyste chez Jefferies. A l’heure de présenter son nouveau plan à trois ans, la direction de l’opérateur boursier ne cache d’ailleurs pas son jeu. « Notre projet de fusion ne nous a pas distraits, affirme Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext. Il n’était donc pas nécessaire de réinventer notre stratégie mais de lui donner un nouveau souffle. » Faute de croissance externe, les options, il est vrai, ne sont pas légion. « Avec une présence sur deux continents et sur toutes les classes d’actifs, les marges de manœuvre de Nyse Euronext sont finalement très faibles », souligne Thibaut de Lajudie, associé au du cabinet de conseil Ailancy.

250 millions d’économies

Contraint de faire cavalier seul, Nyse Euronext a donc recours à de vieilles recettes pour donner un coup de fouet à sa croissance et sa rentabilité. Le groupe va ainsi poursuivre ses efforts drastiques de réductions de coûts dans le cadre d’un plan baptisé « Project 14 ». Objectif : réaliser 250 millions de dollars d’économies annuelles d’ici à fin 2014, soit une réduction de 15 % de sa base de coûts actuelle. « Ce plan d’économies traduit la nécessité pour les acteurs historiques de continuer à baisser leurs coûts face aux plates-formes alternatives », estime Jean de Castries, directeur général d’Equinox Consulting. « C’est un programme agressif, juge Daniel Fannon. Le principal obstacle réside dans le risque d’exécution. Toutefois, la direction actuelle a déjà démontré sa capacité à atteindre ses objectifs de réductions de coûts. » De fait, Nyse Euronext n’en est pas à son coup d’essai. « Depuis 2008, nous avons cumulé 670 millions de dollars d’économies, rappelle Dominique Cerutti. Mais l’exercice est différent cette fois. Plus que de simples coupes, il s’agit de transformer le groupe, de le rendre plus efficace et d’optimiser nos opérations. »

Tous les leviers seront actionnés : harmonisation des outils et des plates-formes informatiques (90 millions de dollars d’économies attendues), centralisation des activités de marché et optimisation de ses infrastructures (90 millions), et enfin rationalisation de son portefeuille d’activités et de participations financières (70 millions). A cet égard, Nyse Euronext compte réduire sa participation de 5 % dans la société indienne MCX. De même, détenteur de 20 % de la Bourse du Qatar, « nous discutons avec eux pour revoir le niveau de notre participation », ne cache pas Dominique Cerutti. Enfin, concernant les 9 % détenus dans LCH.Clearnet, tombé dans le giron du London Stock Exchange (LSE), « nous pourrions réduire notre participation en fonction de ce qui se passe avec l’offre de LSE », a reconnu la direction de Nyse Euronext.

Le groupe a surtout entrepris du nettoyage dans ses activités. Après avoir fermé SecFinex, sa plate-forme de prêt-emprunt de titres, il souhaite désormais se désengager de Nyse Blue, la structure dédiée aux marchés de l’environnement et de l’énergie durable. « Les perspectives du marché du carbone aux Etats-Unis ne nécessitent plus aujourd’hui que nous mobilisions autant de capital et de ressources, explique Dominique Cerutti. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un examen récurrent de l’utilisation de nos ressources dont la vocation première est de servir le développement de nos activités. »

Cap sur la compensation

Autant d’initiatives qui doivent également lui permettre de libérer de l’argent frais pour financer ses futurs relais de croissance. Là aussi, Nyse Euronext revient à une stratégie du passé en misant sur des valeurs sûres : les technologies et les dérivés. C’est d’ailleurs sur ce segment que le groupe transatlantique se montre le plus agressif. Il a ainsi réactivé son projet de chambre de compensation, désormais sa priorité numéro un. Annoncé en mai 2010, celui-ci avait été mis entre parenthèses du fait des travaux de rapprochement avec Deutsche Börse, l’opérateur allemand disposant de ses propres capacités en la matière. Désormais démuni sur ce terrain, Nyse Euronext était donc contraint de passer à l’action. S’il a décidé de poursuivre son accord avec LCH.Clearnet pour la compensation des activités au comptant (cash, actions), le groupe compte en revanche regrouper cette activité dédiée aux dérivés à Londres au sein d’une nouvelle structure articulée autour de sa filiale Nyse Liffe Clearing. Ainsi, les dérivés négociés en Europe continentale (Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne et Paris), jusque-là compensés par LCH.Clearnet à Paris, seront transférés vers cette nouvelle structure au premier trimestre 2014. Un projet qui nécessite un investissement de 85 millions de dollars au cours des deux années à venir, tablant en parallèle sur 30 millions de dollars d’économies annuelles. « Nous avons fait ce choix car la compensation des dérivés représente une activité à forte valeur ajoutée, indique Dominique Cerutti. C’est une très belle occasion pour mieux répondre aux besoins de nos clients. Quand nous disposerons de cette structure, nous pourrons lancer de nouveaux produits et services et, surtout, profiter de la nouvelle possibilité que constituent les dérivés de gré à gré (OTC). »

Pour Jean de Castries, « ce mouvement est tout à fait pertinent. Nyse Euronext entend ainsi se positionner sur la compensation des dérivés OTC qui sera largement favorisée par les nouvelles réglementations ». De fait, la directive Emir en Europe et la loi Dodd-Frank aux Etats-Unis ont vocation à obliger les intervenants sur ces marchés OTC à passer par des chambres de compensation pour sécuriser leurs échanges. Pour autant, « les ambitions de Nyse Euronext de compenser les dérivés OTC pourraient souffrir de son entrée tardive sur ce marché », observe Richard Perrott, analyste chez Berenberg Bank. De fait, « beaucoup d’acteurs, tels CME Clearing ou Eurex Clearing, se sont déjà positionnés, après avoir entamé des discussions avec les participants de marché, relève un observateur du secteur. Il y a donc du retard à l’allumage ».

Nyse Euronext a toutefois d’autres fers au feu pour donner davantage d’envergure à son activité de dérivés. Le groupe lorgne ainsi le London Metal Exchange (LME) pour accroître sa présence sur les matières premières, qui représentent seulement 1 % des revenus mondiaux dans les dérivés. « Nous sommes parmi les quelques candidats à être encore en course, reconnaît Dominique Cerutti. C’est une Bourse dont la gamme de produits serait complémentaire de celle de Nyse Liffe. » Surtout, la Bourse transatlantique prévoit de lancer, au premier trimestre 2013, une nouvelle plate-forme électronique européenne de dérivés, basée à Londres, dédiée aux « contracts for difference » (CFD). « C’est un marché en plein essor avec une forte demande, notamment au Royaume-Uni », souligne Dominique Cerutti. Nyse Euronext va investir 11 millions de dollars cette année sur ce projet en développement depuis neuf mois. « Mais nous ne pouvions pas avancer pendant les travaux de rapprochement avec Deutsche Börse », poursuit-il. Si le groupe table sur des profits dès 2014, il est toutefois resté très discret sur des objectifs chiffrés précis. « La direction a été incapable de quantifier les opportunités de revenus associées à la majorité des initiatives de croissance mises en évidence », regrette d’ailleurs Daniel Fannon.

Acquisitions dans les technologies

Le groupe s’est en revanche montré plus loquace concernant sa filiale Nyse Technologies (services d’informations et solutions technologiques), dont les revenus ont progressé de 11 % en 2011. Il a ainsi réitéré son objectif, déjà affiché en 2010, d’atteindre 1 milliard de dollars de revenus à horizon 2015, tout en renvoyant à la hausse ses objectifs de marges opérationnelles. « Ces marges seront supérieures à 30 % en 2015 », avance Dominique Cerutti, qui tablait précédemment sur des marges comprises entre 26 % et 30 %. « C’est un vrai relais de croissance car de telles activités lui apportent des revenus récurrents alors que, a contrario, les revenus liés à l’exécution sont plus volatils », estime Thibaut de Lajudie. Selon Richard Repetto, analyste chez Sandler O’Neill Partners, « près de 84 % des revenus de Nyse Technologies sont récurrents ». Nyse Euronext a d’ailleurs étoffé cette division en s’emparant de 25 % du capital de Fixnetix, une société anglaise spécialisée dans l’élaboration d’outils de négoce de titres à très haute vitesse. D’autres acquisitions pourraient suivre, la croissance externe devant contribuer à hauteur de 250 millions à son objectif de croissance. Sans attendre, Nyse Euronext peut s’enorgueillir d’avoir engrangé de beaux succès. L’opérateur a ainsi été retenu, fin 2010, par Goldman Sachs pour transformer son système d’appariement des ordres (crossing network) en plate-forme alternative de négociation (MTF), l’héberger et en assurer la surveillance et la maintenance. « Nous avons travaillé avec une autre grande banque internationale pour l’aider à créer son MTF européen et avons engagé des discussions avec une troisième », avance Dominique Cerutti.

Toutefois, « ce marché est très concurrentiel et le nombre de clients potentiels n’est pas considérable, assure notre observateur. C’est un axe fort mais Nyse Euronext ne peut pas juste devenir un fournisseur de technologies ». Pourtant, outre le complément de revenus qu’elle génère, cette activité lui permet surtout d’accélérer son expansion géographique, notamment en Asie, via la signature de partenariats industriels avec des opérateurs étrangers. Après celui conclu avec la Bourse de Tokyo, Nyse Euronext a signé des accords avec les Bourses de Corée, de Hong Kong et de Singapour. « Nous ne voyons pas notre expansion mondiale comme étant uniquement organique ou par acquisitions, mais aussi et beaucoup par des partenariats stratégiques avec d’autres acteurs boursiers, précise Dominique Cerutti. La plupart contiennent un volet ‘business’, comme le routage des ordres, et un volet informatique. » Une expansion géographique qui doit surtout l’aider à mieux vendre sa marque auprès des investisseurs et des émetteurs dont les cotations sur ses marchés européens ou américains se font encore rares.

A lire aussi