Nyse Euronext, cap sur l’international

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Nyse Euronext rebondit. Il le fallait après que le projet de création d’un champion euro-transatlantique eut fait long feu, bloqué par la direction de la concurrence européenne. En revanche, le temps des grandes fusions semble lui bien terminé, pour l’ensemble des acteurs.

La plate-forme boursière a réagi sans faire pour autant état d’un réel plan B ni sortir du chapeau des recettes inattendues. Il est vrai que malgré cet échec, elle demeure incontournable car présente sur deux continents et dans toutes les classes d’actifs. Sa stratégie repose sur des leviers traditionnels déjà bien éprouvés, capables d’assurer sa résistance face à la concurrence acharnée des nouvelles plates-formes alternatives : réductions des coûts via l’harmonisation des outils et des systèmes informatiques, centralisation des activités de marchés, et optimisation des infrastructures. Quant aux futurs relais de croissance, et il y en a, rien de bien original non plus : sont évoquées les technologies et la compensation des dérivés, un vieux projet mis entre parenthèses le temps du projet de fusion, et ressorti des cartons au vu du juteux gâteau que représente cette activité à forte valeur ajoutée et très encouragée par les nouvelles réglementations.

A défaut d’être européenne, la croissance de Nyse Euronext s’appuiera donc sur un projet mondial. L’avenir passe donc par Londres, via les développements organiques et peut-être les acquisitions (pourquoi pas le London Metal Exchange ?), les Etats-Unis, et l’Asie, via les partenariats stratégiques.

Quid de la place de Paris ? Elle semble définitivement reléguée au second plan, en dépit de la conservation des activités cash. Faut-il s’en étonner ? Rien n’assure que le projet de rapprochement avec Deutsche Börse lui eût été beaucoup plus favorable, même si on peut regretter que Bruxelles, arc-boutée sur le sacro-saint principe de la concurrence intérieure, ait ignoré celle venant de l’extérieur tout comme le poids du marché OTC. De plus, les politiques ont leur part de responsabilité dans le départ d’activités de marchés vers d’autres cieux, le cavalier seul de la France sur la taxe financière, même révisée, venant rappeler que les activités financières y demeurent à la merci des coups de fièvre nationale aussi soudains qu’irrationnels.

Surtout, la plate-forme boursière nous rappelle une vérité que l’on oublie parfois : la Bourse n’est pas une entreprise de service public. Nyse Euronext, société cotée, se doit avant tout à ses actionnaires, plus soucieux de ses résultats dans son ensemble, quelle que soit la situation géographique de ses différentes activités, que de défendre de quelconques intérêts nationaux. Baser l'activité de compensation des dérivés, son nouvel axe majeur de croissance, à Londres, la place européenne des transactions sur dérivés, répond à une logique économique implacable : celle de la rentabilité.

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