Une nouvelle plate-forme de trading pour les swaps de taux d’intérêt

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Lancée pour répondre aux évolutions réglementaires, Trad-X induit des projets informatiques complexes, nécessitant plusieurs années de mise au point.

Traditionnellement opéré essentiellement à la voix, le marché des swaps de taux fait l’objet d’une pression réglementaire grandissante visant une plus grande transparence de ces opérations de gré à gré (OTC). Une évolution qui passe par la mise au point de plates-formes de négociation électronique. « Notre plate-forme Trad-X est en production aujourd’hui, déclare Yann L’Huillier, directeur des systèmes d’information de la Compagnie Financière Tradition. Après les derniers réglages, elle sera commercialement lancée très prochainement, à une date décidée de façon collégiale avec l’ensemble de nos membres. » Opérée par Tradition, la branche de courtage interbancaire de Compagnie Financière Tradition, Trad-X est une plate-forme de négociation électronique pour des swaps de taux d’intérêt, en euros pour le moment. Qualifiée d’hybride, elle est le prolongement électronique des services d’intermédiation à la voix de Tradition. Elle comprend un module de gestion des ordres, comparable à celui d’un Fidessa ou d’un Sungard, un module pour les données de marché, uniquement à destination de ses membres, et un moteur d’appariement des ordres. Tous les ordres reçus électroniquement peuvent interagir avec le logiciel Swaptrader utilisé par les courtiers de Tradition, leur donnant une visibilité de tous les ordres et de toutes les possibilités de trade. Mais les transactions peuvent également être en partie traitées à la voix. Autre garantie de sécurité, tous les utilisateurs de Trad-X, soit BNP Paribas, Citi, Goldman Sachs, HSBC, Morgan Stanley, Société Générale, RBS et UBS, sont membres de la chambre de compensation LCH.Clearnet.

Ce lancement intervient six mois après celui de la plate-forme iSwap d’Icap, autre acteur du courtage interbancaire, qui annonce 350 milliards d’euros en volume de transaction depuis un semestre. Le troisième acteur d’importance, Tullett Prebon, est quant à lui en phase d’élaboration de sa propre plate-forme.

Le casse-tête du cahier des charges

L’un des deux objectifs de Yann L’Huillier, lors de son arrivée chez Tradition en mars 2010, était de faire basculer dans un mode électronique un certain nombre de produits OTC de façon à pouvoir répondre aux besoins des clients et aux attentes des régulateurs. « J’avais un mandat pour développer une solution électronique en réponse à une réglementation en perpétuel mouvement, raconte-t-il. Le plus compliqué dans ce projet a été d’anticiper ce dont on pourrait avoir besoin, c’est-à-dire travailler sans spécifications fonctionnelles gravées dans le marbre. C’est seulement dans les huit derniers mois du projet que nous savions précisément où nous allions. » Au total, le projet aura duré près de trois ans. Yann L’Huillier ne partait pas de rien néanmoins. Une initiative était déjà en cours depuis près de deux ans concernant le trading électronique. « Comme il faut près de trois ans pour mettre au point ce type de plate-forme, il faut prévoir large en termes de fonctionnalités pour pouvoir répondre à toutes les exigences, des clients comme des régulateurs », précise-t-il. Par exemple, il faut dès le départ concevoir une architecture très rapide car, par la suite, il sera difficile d’anticiper les besoins. « Pour ce type de plate-forme, la latence est très importante, souligne Yann L’Huillier, car il est primordial pour les utilisateurs, quand ils donnent un prix, de pouvoir connaître rapidement son impact sur le marché et de réagir en conséquence. Comme les calculs sont très complexes concernant les ‘swaps’ de taux, il faut nécessairement une architecture très rapide. » C’est donc la technologie java qui a été retenue pour obtenir de bonnes performances. Trad-X est en conformité avec la plupart des plates-formes boursières dans ce domaine en traitant des ordres simples dans un délai de 100 microsecondes. « Notre plate-forme peut évoluer facilement, en fonction des demandes, anticipe Yann L’Huillier. Aujourd’hui, nous traitons des ‘swaps’ de taux mais demain, nous pourrons gérer d’autres produits financiers par exemple. »

Un développement en interne

Certes, intégrer une nouvelle classe d’actifs nécessitera des développements supplémentaires car les données en entrée seront différentes, tout comme la façon d’associer des ordres (le matching). Mais le plus gros du travail a été effectué. Au total, le projet aura représenté entre 7.000 et 9.000 jours/homme, dont 4.000 en développement pur. Le contrôle qualité et les tests logiciels, très importants, ont été confiés à un prestataire spécialisé dans le domaine de la modélisation de tests de plates-formes de négociation électronique. Une partie des tests a été externalisée en Russie. « Faire concevoir et exécuter des tests par un tiers indépendant est très important pour l’assurance qualité, qui est un métier très spécifique, affirme Yann L’Huillier. Les tests ont représenté une grosse partie de notre investissement. Ils ont mobilisé jusqu’à quinze personnes simultanément, mais le fait des les avoir externalisés nous a permis de maîtriser ces coûts. »

En revanche, le développement de la plate-forme a été entièrement réalisé en interne, pour des raisons stratégiques. Contrairement à Tullet Prebon qui a basé la sienne sur la technologie Millenium IT, un éditeur sri-lankais spécialisé dans les plates-formes boursières et racheté par le London Stock Exchange en 2009. De son côté, Icap est parti de son existant. Pour Tradition, pas question de partir d’une application existante pour l’adapter à leurs besoins, car concernant la négociation de gré à gré de swaps de taux, les algorithmes de matching sont très complexes, beaucoup plus que ceux des marchés actions par exemple. « Nous avons fait le choix de développer une application nouvelle en interne car les produits du marché ne permettaient pas de couvrir les besoins hybrides exprimés par la communauté des participants de Trad-X », explique Yann L’Huillier. Mais surtout, ces algorithmes très sophistiqués doivent être jalousement gardés. « Le fonctionnement des plates-formes boursières relève moins du secret technologique que par le passé, prévient le responsable. Mais dans notre domaine, les spécifités fonctionnelles donnent la plupart du temps un avantage par rapport à la concurrence, et l’externalisation permet rarement de bénéficier d’une exclusivité sur les développements. » Difficile d’imaginer, en effet, des Millenium IT ou Cinnober, concurrent suédois de Millenium, accepter une quelconque exclusivité sur les développements qu’ils réaliseraient. Au regard de ce qui s’est passé sur les marchés actions, la concurrence technologique devrait être acharnée sur le marché interbancaire des produits dérivés.

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