Nouvelle ère pour la BFI

le 26/01/2012 L'AGEFI Hebdo

La crise aura finalement sonné le glas du modèle pur de banque de financement et d’investissement à la française. Finie l’intermédiation bancaire en tant que logique de financement, pourtant dominante depuis des lustres. La marche vers la désintermédiation, que les BFI avaient pensé un temps éviter, ou du moins reporter, est désormais clairement engagée. Elle doit même être conduite à grandes enjambées ! Car le temps s'est soudain accéléré depuis l'été 2011. En cause, des contraintes prudentielles qui se sont singulièrement précipitées à l’automne dernier et ont pris à contre-pied les projets d’adaptation en cours ; et la raréfaction des sources de financement en dollars pour ces acteurs qui avaient développé des activités disproportionnées par rapport à leur base de dépôts en billets verts. L'heure est désormais à la réduction drastique des bilans et à la transformation du modèle (lire aussi notre Evénement).

Bien sûr, la mue ne peut s’opérer sans faire de victimes. La coupe dans les effectifs est sans précédent : ce sont 5.000 postes qui vont disparaître, près de 10 % du total des emplois dans ce secteur. Une saignée qui s'annonce de mauvais augure pour la place de Paris mais apparaît pourtant inévitable. Car les priorités ont changé. Il s’agit désormais de privilégier les capacités de distribution pour accompagner les entreprises sur les marchés de capitaux. Un effort qui doit s’accompagner de nouvelles organisations, de nouvelles plates-formes mais également de nouvelles compétences. Le modèle sera-t-il purement anglo-saxon ? Les banques s’en défendent encore…

Toutes les BFI françaises ont entamé leurs grands travaux. Il est toutefois encore trop tôt pour savoir qui réussira le plus vite sa transformation. Dans l’intervalle, deux défis se présentent à elles.

Le premier est de continuer à contribuer au financement de l’économie malgré la raréfaction des ressources. C’est loin d’être assuré ! La question des financements longs est clairement posée par exemple. Preuve en est les difficultés de certains projets d’infrastructures au second semestre 2011, notamment pour ceux financés en dollars, voire l’abandon de projets (lire aussi le Dossier).

Le second défi est de garder son rang en Europe, si ce n’est au niveau mondial. Or la compétition n’en est que plus intense aujourd’hui. De la part des traditionnels rivaux anglo-saxons, mais aussi de nouveaux acteurs, prêts à s’engouffrer dans la brèche. En premier lieu ceux de la finance parallèle. Mais aussi les fonds souverains, qui ont déjà annoncé leur intérêt pour des dizaines de projets européens. A charge pour nos champions nationaux de relever les défis. S’adapter rapidement comme ils ont commencé à le faire est sûrement la meilleure réponse qu’ils pouvaient leur apporter.

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