Nouveau front

le 28/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Les financiers français n’ont pas le moral. Priés comme tous les ans par L’Agefi Hebdo de donner leur jugement sur la régulation qui les concerne et ses conséquences, ils ne se départissent pas d’un solide scepticisme, voire même d’une franche hostilité (lire l’événement, pages 12 à 15). Non seulement ils ne croient guère que la stabilité de la finance mondiale sortira grandement renforcée des innombrables réformes en cours, mais encore celle qu’ils appellent le plus de leurs vœux, l’union bancaire européenne, avance à pas de tortue. Certes cette morosité générale, exprimée alors que bon nombre d’institutions financières où ils travaillent sont en pleine mutation, quand ce n’est pas en restructuration douloureuse, doit être nuancée. Elle reflète une fatigue nourrie du sentiment que la crise financière n’est pas près de son terme. Car quand on descend dans les détails des dossiers de régulation, on s’aperçoit que certains, comme Emir qui vise à réguler les marchés dérivés, sont plutôt bien acceptés, tandis que d’autres, comme l’union bancaire, sont sans doute plus près de déboucher qu’ils ne l’imaginent. Il est certain aussi que ce pessimisme, en phase avec celui des Français, trouve sa source dans le discrédit dont leurs professions souffrent encore dans l’opinion et surtout dans le sentiment, massivement répandu et tristement fondé, du recul d’influence de la Place de Paris. Les choix très funestes à son avenir des gouvernements successifs ont ancré une conviction forte, dans les associations professionnelles comme chez les praticiens eux-mêmes, que l’ère de l’agression n’est pas terminée. Ce n’est pas la dernière initiative du Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui les fera changer d’avis.

Quand une refonte globale de la fiscalité est décidée avec la brutalité que l’on sait, quitte à mettre l’administration des finances qui en sera chargée devant le fait accompli, on peut tout craindre. Le bilan fiscal de l’actuel gouvernement, tout particulièrement de la dernière loi de finances, est si populairement décrié et désastreux pour l’investissement que la « remise à plat » promise « à prélèvements constants » s’annonce comme un nouveau front pour la finance. L’ardoise fiscale que le secteur a déjà essuyée depuis quelques années est considérable, mais il ne manquera pas de démagogues pour faire des prélèvements sur cette supposée « vache à lait » une variable d’ajustement toute trouvée. De la taxe sur les transactions financières à la fusion de la CSG et de l’IRPP en passant par l’éphémère mais non abandonnée taxe sur l’excédent brut d’exploitation, les menaces sur l’industrie financière abondent. Dans le grand marchandage qui s’annonce, le Premier ministre, décidé à imposer sa volonté, entend préparer le terrain en nommant des hommes à lui aux postes clés de Bercy. Pour l’industrie financière, qui rêve de pause fiscale et de visibilité pour se redéployer, l’heure de souffler est loin d’avoir sonné.

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