L'homme clé Didier Duverger, vice-président directeur général de Natixis Coficiné

« Nous syndiquons nos plus gros crédits avec les différentes banques de BPCE »

le 16/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Bientôt sur vos écrans La vérité si je mens 3, Asterix chez les Bretons ou Le gang des Lyonnais… « En France, 240 films sont produits chaque année, mais 150 font réellement le marché, explique Didier Duverger, vice-président directeur général de Natixis Coficiné. Ce nombre est stable. Quant au budget global, il s’élève à 1 milliard d’euros. » Ce banquier de 56 ans sait de quoi il parle. « Nous accordons annuellement environ 650 millions d’euros de crédits, essentiellement au cinéma (70 %) et aux œuvres françaises (80 %), indique-t-il. En outre, 80 % à 85 % de notre activité porte sur la production, cinéma ou télévision. » Risques de développement, de fabrication et de performance : Coficiné ne prend jamais les trois en même temps, mais souvent les deux premiers. Cet établissement de crédit spécialisé repose ainsi sur une mono-activité qui nécessite de bien évaluer la capacité du producteur à faire aboutir son projet. D’ailleurs, Coficiné calcule son taux d’intérêt sur l’Euribor plus une marge qui dépend, outre la solvabilité de la société emprunteuse, de la compétence et de la qualité de celui-ci, soit 200 à 600 points de base. Estimant son coût du risque « très contrôlé, entre 0,5 % et 1 % », Didier Duverger peut partager la fierté de ses clients. Des hommes et des dieux ? « Les producteurs partaient sur 500.000 entrées. On fera sept fois plus », constate-t-il à propos de l’œuvre de Xavier Beauvois, nommée aux Oscars 2011. Potiche ? « Il ira à 3 millions d’entrées, prédit-il. Il faut que cela aille très vite dès le début, car la concurrence en salles est forte et les films ont du mal à rester longtemps à l’affiche. »

Toujours ressusciter

Si les producteurs de films ont tous des Rolls-Royce, disait Michel Audiard, c’est parce que, dans le métro, il faut payer comptant ! Financement des télévisions, prévente aux distributeurs, subventions publiques et avantages fiscaux, etc., tout une chaîne a été mise en place en France pour soutenir l’industrie du cinéma et pour inciter les banques à lui faire crédit. « C’est notre chance depuis les années 60, reconnaît Didier Duverger. L’Ifcic (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles, un « mini-Oséo » à 49 % public, NDLR) apporte une garantie à hauteur de 50 % sur 60 % de notre activité. En ces temps de crise financière, cela se révèle encore plus indispensable. » Déjà présent en Espagne, en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg et dans les pays nordiques, Coficiné s’est malgré tout positionné récemment sur le marché britannique où « les banques anglaises et internationales ont fermé leur guichet cinéma et laissé un vide, en partie comblé par des fonds d’investissement ». Interrogez-le sur les perspectives de Natixis Coficiné et il vous expose différents scénarios pour l’avenir du cinéma français… De fait, les deux sont liés. Et dépendent d’actionnaires convaincus.

Si Didier Duverger l’incarne totalement, c’est la famille Rouvre qui a créé Coficiné en 1949. Alors que son activité s’était arrêtée dans les années 60, « son héritier m’a proposé de la diriger et de la relancer en 1983 », raconte celui qui n’avait alors que 29 ans. Aujourd’hui entouré de 27 collaborateurs, il estime avoir vécu « une aventure rare ». Coup de foudre, Le grand chemin, Pulp Fiction… « En 1994, les professionnels de la production et les pouvoirs publics se sont mobilisés : l’établissement risquait de fusionner avec Cofiloisirs, détenu à parts égales par Paribas, la banque OBC et UGC (cet opérateur avait racheté Robur, le groupe de Cyril de Rouvre, NDLR). Coficiné est alors entré dans le giron de la Caisse des dépôts, se souvient-il. Enfin, en 1999, nous avons rejoint Natexis Banques Populaires… avant de devenir Natixis. » Pourtant, « lorsque François Pérol et Laurent Mignon sont arrivés à la tête de BPCE et de Natixis (banque de gros du groupe BPCE, NDLR), décision avait été prise de nous vendre ou de cesser notre activité spécifique », rappelle son vice-président. Ce dernier a finalement trouvé une oreille attentive auprès de François Pérol dont les liens d’amitié avec Laurent Vallet, directeur général de l’Ifcic depuis 2002, remontent à l’époque où ils travaillaient ensemble au Trésor. « Depuis trente ans, nous sommes rentables avec un retour sur capitaux investis toujours supérieur à 12 % », déclare le vice-président. Coficiné a tout de même besoin de s’appuyer sur un groupe. Ses fonds propres ne s’élèvent qu’à 21,6 millions d’euros et la réforme de Bâle III en demandera davantage.

Même si la recherche de synergies au sein de BPCE n’est pas évidente de prime abord, elle est « effective, affirme Didier Duverger. Via MCI, notre filiale de conseil et d’ingénierie financière, nous avons repris l’administration des différentes Sofica (sociétés pour le financement de l’industrie cinématographique et audiovisuelle, NDLR) du groupe qui mettent en place des investissements structurés en faveur des producteurs, tout en maintenant des processus d’investissement différents et indépendants de Natixis Coficiné. Nous proposons des crédits structurés aux principaux groupes médias, clients historiques de Natixis. De plus, nous syndiquons nos plus gros crédits avec les différentes banques de BPCE. » Toutefois, lorsque les clients de Natixis sont des gros du secteur, ceux de Coficiné sont « essentiellement des petites ou très petites entreprises ». Ce qui peut après tout fournir des occasions commerciales… Cette année, Natixis Coficiné a accueilli un administrateur de Banque Privée 1818 qui pourrait fournir à ses clients des services à titre individuel.

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