L’Homme clé, Thierry Timsit, cofondateur et directeur général délégué d’Astorg Partners

« Nous passons à la vitesse supérieure en Europe »

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Thierry Timsit est un homme heureux. Fin mars, Astorg Partners - qu’il a fondée avec Xavier Moreno et Joël Lacourte - a pris une nouvelle dimension. En à peine six mois, la société de LBO (leveraged buy-out) spécialisée dans les moyennes capitalisations (midcaps) a bouclé la levée de son cinquième fonds, Astorg V, pour un montant de 1,05 milliard d’euros, soit 30 % au-delà de son objectif initial de 800 millions. Et encore, « la demande s’est établie à 1,8 milliard d’euros », souligne Thierry Timsit, 44 ans, qui a débuté sa carrière en 1989 dans le financement de projets chez Calyon, avant d’intégrer en 1995 les équipes de capital-investissement du groupe Suez.

Si Astorg Partners a ainsi gardé la faveur des investisseurs en ces temps moroses, c’est qu’il a réussi à traverser la crise sans heurts, affichant « une performance financière régulière à travers le cycle économique et le cycle d’investissement », selon son directeur général délégué. La société a en outre démontré sa capacité à céder à bon compte les entreprises de son portefeuille, soit quatre opérations en 2010 « pour des montants supérieurs de 37 % à 56 % à la valeur affectée dans nos livres », précise-t-il.

Renouer avec les investissements

Astorg Partners s’est surtout donné les moyens de ses ambitions, redoublant d’efforts pour étoffer ses troupes au sein des fonctions supports qui comptent aujourd’hui « sept professionnels aguerris du contrôle financier et juridique, une équipe supérieure à la moyenne des fonds français ‘midcaps’, s’approchant en qualité des standards des grands fonds internationaux, poursuit Thierry Timsit. Ce fut un critère clé, surtout quand on s’adresse à des investisseurs internationaux. Ces derniers s’attendaient à trouver des artisans du capital-investissement, mais ils ont finalement trouvé des ‘industriels’ ».

Thierry Timsit peut se permettre cette pointe d’immodestie. Depuis 1998, date à laquelle la société a pris son indépendance en sortant du giron du groupe Suez, la taille des fonds levés n’a cessé de croître, passant de 185 millions d’euros pour son premier véhicule en 1999 au seuil symbolique d’un milliard d’euros aujourd’hui. « Nous n’imaginions pas que notre métier allait connaître une telle croissance », reconnaît-il. Mais la réussite de la société se situe ailleurs. « C’est d’abord une aventure humaine, une alchimie entre les trois fondateurs car nous n’aurions rien pu faire l’un sans l’autre, explique-t-il. Notre complémentarité, notre complicité et notre intransigeance à ne pas dévier de notre stratégie d’investissement nous ont permis de ne pas faire trop d’erreurs d’investissements. »

C’est le moins que l’on puisse dire. Selon le dernier classement mondial établi par HEC et Dow Jones sur la performance financière des sociétés de capital-investissement sur la période 1997-2006, Astorg Partners arrive ainsi à la deuxième place, derrière l’américain Leonard Green & Partners. Une prouesse qui lui a permis d’élargir son audience bien au-delà des frontières françaises. Pour son cinquième fonds, 91 % des investisseurs sont basés en dehors de l’Hexagone et 45 % hors d’Europe, dont 27 % d’investisseurs nord-américains et, surtout, 18 % d’investisseurs asiatiques « alors qu’il n’y en avait aucun dans le fonds précédent », note Thierry Timsit. « Finalement, nous sommes des importateurs de capitaux dans les entreprises françaises, s’amuse-t-il. Et comme nous investissons dans des sociétés qui exportent des produits français pour 60 % de leur chiffre d’affaires en moyenne, nous jouons en quelque sorte un rôle économique dont on peut s’enorgueillir. »

Encore faut-il renouer avec les investissements. Sa dernière opération d’envergure remonte à fin 2009, quand le fonds a pris 33 % du capital du courtier en assurance Gras Savoye. Depuis, plus rien ou presque. « Entre-temps, nous avons réinvesti dans Sebia, que nous détenons depuis dix ans, même si nous y sommes aujourd’hui minoritaires après avoir longtemps été l’actionnaire majoritaire », nuance-t-il. Thierry Timsit reste pourtant à l’affût de toute bonne affaire. « Nous regardons beaucoup de choses mais le marché est cher actuellement, déplore-t-il. Surtout, nous restons très disciplinés. »

Un modèle inchangé

Pas question en effet de déroger à une stratégie d’investissement qui a jusque-là fait ses preuves. Son credo est simple. « On ne fait jamais de compromis sur les entreprises dans lesquelles nous investissons, précise-t-il. Quand on ne comprend pas leurs fondamentaux, on a toujours refusé d’investir. » De même, ses cibles demeurent inchangées : des entreprises familiales de taille intermédiaire dont le chiffre d’affaires oscille entre 200 et 500 millions d’euros, très exportatrices et ayant des positions dominantes dans des secteurs d’activités de niche (santé, services industriels…). Surtout, Thierry Timsit n’entend pas faire preuve d’un appétit débridé en rachetant tous azimuts des entreprises en manque de financement. Depuis son origine, Astorg Partners s’est astreint à ne jamais avoir plus de dix entreprises en portefeuille. « C’est un peu notre chiffre magique, lance-t-il. Cela fait partie intégrante de notre stratégie et nous n’avons pas l’ambition d’aller au-delà. Finalement, on ne se voit pas comme des financiers mais comme des relais d’entrepreneurs, pour accompagner une nouvelle phase de croissance ou une succession d’entreprise familiale. »

Un rôle qu’il pourrait désormais jouer plus largement sur le Vieux Continent. Car si « cette récente levée de fonds ne change rien à notre stratégie, ce qui évolue en revanche, c’est la faculté d’investir davantage hors de France », annonce-t-il. La société a en effet la possibilité d’investir 30 % des sommes levées en Europe, contre 15 % précédemment. « Nous passons donc à la vitesse supérieure en Europe et nous comptons bien utiliser cette possibilité », avance-t-il.

Les velléités d’expansion internationale d’Astorg Partners n’iront toutefois pas plus loin, refusant pour l’heure de multiplier les ouvertures de bureau à l’étranger. « Nous ne comptons pas devenir un fonds paneuropéen, affirme-t-il. Au stade actuel de notre développement, il est important d’avoir toutes les équipes basées uniquement à Paris car le modèle paneuropéen est difficile à mettre en œuvre. Peut-être que notre modèle évoluera à l’avenir, mais nous ne l’avons pas planifié pour le moment. » Pour l’heure, Thierry Timsit se concentre sur le renforcement de ses équipes. Quatre nouveaux chargés d’affaires doivent ainsi arriver dans les prochaines semaines. « Aujourd’hui, nous comptons 21 professionnels, soit un quasi-doublement de nos équipes en quatre ans et une taille d’équipe importante rapportée à la taille des fonds que nous gérons », souligne-t-il. Du sang neuf qui doit permettre à la jeune société de conforter sa place dans le peloton des têtes des fonds d’investissement français.

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