Natixis fait des économies pour garder des marges de manœuvre

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La filiale cotée de BPCE vise 300 millions d’euros de baisse de charges d'ici à 2014, principalement dans sa « banque de grande clientèle ».

Photo: PHB/Agefi

Encore un effort. Restructuré en 2009 après son sauvetage, redimensionné en 2011 après la crise de liquidité des banques françaises, Natixis lance désormais un « plan d’efficacité opérationnelle ». Annoncé lors des résultats du troisième trimestre, il doit permettre de réduire les charges de plus de 300 millions d’euros, en cumulé, d’ici à fin 2014. Soit l’équivalent de 7 % de la base de coûts 2011, hors participations financières (Coface, etc). « Natixis avait probablement un coup d’avance mais chemin faisant, la banque s’est rendu compte, comme ses pairs, que pour créer de la valeur demain, il faudrait plusieurs vagues successives de baisse de coûts », juge Pierre Reboul, associé du cabinet de conseil Roland Berger. Pour les analystes de Société Générale, « les économies de coûts annoncées devraient apporter de la flexibilité à Natixis ».

Baisse relative

Pour autant, « cela ne veut pas dire que les charges globales vont baisser de 300 millions d’euros en valeur absolue, a prévenu Laurent Mignon, directeur général de Natixis, lors des résultats du troisième trimestre. Nous continuons à investir pour développer le PNB (produit net bancaire, NDLR) ». Les dépenses de la banque de gros de BPCE ont d’ailleurs progressé de 8 % sur les neuf premiers mois de l’année. Du coup, « les réductions de capacité annoncées restent marginales », indique une note de Jean Sassus, analyste chez Oddo. Elles « devraient permettre à l’entreprise de préserver, dans une certaine mesure, ses profits futurs en dépit des augmentations de charges dans les solutions d’investissement* (+11 % sur un an) et de la probable hausse des provisions sur pertes de crédits en raison de conditions macroéconomiques défavorables », écrivent les analystes de Société Générale.

En outre, le programme « intègre des économies décidées l’année dernière, a précisé Laurent Mignon. 65 millions ont déjà été réalisés au 30 septembre », sous la houlette de Norbert Cron. Fin 2011, l’ancien patron de la conservation de titres a été nommé responsable du projet efficacité opérationnelle, un poste nouvellement créé. Au total, 95 millions d’euros d’économies sont attendus dès cette année. Les actions déjà engagées concernent notamment la banque de financement et d’investissement (BFI). Rebaptisée cet été « banque de grande clientèle », celle-ci a ajusté son périmètre à partir de l’automne dernier, en réaction à la crise de l’été 2011. Dans le cadre de son deleveraging (réduction des actifs pondérés et des besoins de liquidités), elle a décidé d’arrêter le financement du transport maritime ou encore les produits dérivés de matières premières, avec à la clé au moins 280 suppressions de postes (réalisées à 65 %). Ce programme étant quasiment achevé, avec un an d’avance (voir le tableau), « il n’y aura pas d’autres activités concernées », a promis Laurent Mignon. Le redimensionnement de la banque de grande clientèle représente à lui seul un quart des 300 millions d’euros de baisse de charges.

Au total, ce pôle portera à lui seul 55 % de l’effort, contre 12 % pour l’Epargne (gestion d’actifs, assurance, banque privée) et un tiers pour les Services financiers spécialisés (crédit à la consommation, affacturage, etc). Tous trois sont affectés par la réduction des charges externes (prestataires, achats et dépenses de « train de vie ») pour environ 150 millions d’euros. Les 72 millions restants proviendront de la rationalisation du parc informatique et immobilier et de la mutualisation, en cours, des plates-formes industrielles des titres et paiements.

Parallèlement, la « banque de grande clientèle » poursuit l’adaptation de son modèle. Laurent Mignon l’a redécoupée et dotée d’une nouvelle direction à la rentrée (L’Agefi Hebdo du 27 septembre). Comme ses concurrentes françaises, elle commence à mettre en place une plate-forme originate to distribute. Elle doit permettre de revendre à des investisseurs institutionnels une grande partie de sa production de crédits vanille et structurés, pénalisés par les normes de Bâle III. « Aucune banque n’a encore totalement décliné ce concept, prévient Pierre Reboul. Il n’est pas encore possible de qualifier précisément la vitesse à laquelle le modèle intermédié européen convergera vers le modèle désintermédié américain. C'est-à-dire remplacer des marges d’intérêt par des commissions de structuration et distribution obligataire. » Alors que l’activité de banque commerciale (crédits vanille principalement) a subi « une baisse de 36 % » de son PNB entre 2009 et 2012, selon un document interne, la banque veut « augmenter sa capacité de financement tout en maintenant ou en améliorant sa rentabilité ». Natixis ne chiffre pas ses ambitions. Il faudra pour cela attendre le plan stratégique 2014-2017 de BPCE et de sa filiale. Prévu pour le printemps 2013, il sera finalement dévoilé à l’été.

*Gestion d’actifs.

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