Morgan Stanley marque des points grâce à un recentrage prudent

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque américaine mise désormais en priorité sur la gestion de fortune et délaisse la gestion pour compte propre.

Avec un titre en hausse de 56 % depuis le début de l’année, un deuxième programme de rachat d’actions en discussion avec la Réserve fédérale et le lancement de l’Institut pour un investissement durable (lire l’entretien), Morgan Stanley tire son épingle du jeu. Comparée aux autres banques américaines, elle vient certes aussi de perdre un cran dans sa notation par Moody’s à « Baa2 », mais elle s’est distinguée par des trimestriels dépassant largement les attentes du marché. Son produit net bancaire progresse de 50 % sur un an, à 7,9 milliards de dollars, et son bénéfice net s'affiche à 888 millions de dollars, contre une perte d'un milliard un an auparavant. Pour Wall Street, c’est le signe que la banque relève la tête après un passage critique.

Trop volatile

« Les fruits de notre stratégie sont évidents. Malgré un trimestre difficile pour les marchés, nos résultats ont démontré la cohérence et la durabilité de notre modèle d'activité », clame son PDG, James Gorman. Depuis son arrivée en 2010, le recentrage est une constante. Pour assurer sa croissance, Morgan Stanley mise désormais en priorité sur la gestion de fortune, délaissant la gestion pour compte propre jugée trop volatile. Ainsi, en 2013, l’activité de gestion de fortune, dirigée par Gregory Fleming, représente 45 % des revenus de la banque, contre seulement 23 % en 2007. Sur les neuf premiers mois de l’année, son chiffre d’affaires est en hausse de 8 % à 10,5 milliards de dollars avec une marge avant impôt de 18 %. « Notre objectif est d’atteindre des marges avant impôt de 20 % à 22 % d’ici à 2015 », affirmait le PDG en juin.

Ce choix présente plusieurs avantages, notamment face aux nouvelles contraintes réglementaires. Comme l’explique Nathan Flanders, managing director des institutions financières américaines pour Fitch Ratings, « les banques essaient de trouver une répartition optimale de leurs activités satisfaisant aux exigences en matière de capital et de rentabilité. Dans le cas de Morgan Stanley, cela se traduit par une réorientation vers la gestion de fortune moins gourmande en capital et plus rémunératrice ». Le rachat, finalisé en juin, de la part de Citigroup détenue dans Morgan Stanley Smith Barney Holdings LLC (MSSBH) participe de ce mouvement et doit générer des revenus substantiels avec un objectif de 138 milliards de dollars de dépôts à mi-2015 (contre 82 milliards aujourd’hui). Autre intérêt, souligne l’analyste, « comme ce fut le cas au troisième trimestre, la gestion de fortune peut continuer à contrebalancer de mauvaises performances du 'fixed income' et prémunir la banque de la volatilité ».

Parallèlement, Morgan Stanley a mis en place un plan de réduction drastique des actifs à risques (risk-weighted assets, RWAs) visant à les ramener sous la barre des 200 milliards de dollars fin 2016 contre 390 milliards fin 2011 et environ 240 milliards aujourd’hui (hors prêts). Une stratégie qui a le mérite d’être claire. Et qui reçoit un écho positif auprès du marché. Ainsi pour la première fois depuis 2008, les couvertures de défaillance de Morgan Stanley sont moins chères que les CDS (credit default swap) de sa rivale, Goldman Sachs.

Bien que « la performance du troisième trimestre commence à valider le changement de stratégie de la banque », Nathan Flanders attend néanmoins que cette politique se concrétise en termes de dépôts et de performance de l’activité prêts. S’il est sans doute encore trop tôt pour affirmer que cette stratégie est vraiment gagnante, le titre Morgan Stanley maintient le cap.

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