L’avis de… Wolfgang Gerke, professeur émérite de l’université de Nuremberg et président de l’Institut des finances de Bavière

« Le modèle des grandes places boursières touche à ses limites »

le 17/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquez-vous cette nouvelle vague de fusions entre places boursières ?

Les Bourses traditionnelles, telles que Nyse Euronext, London Stock Exchange ou Deutsche Börse, sont confrontées depuis quelques années à l’émergence des plates-formes alternatives qui n’ont cessé de rafler des parts de marché. Cette poussée a pesé sur leurs volumes d’échange et par conséquent sur leurs chiffres d’affaires. Pour contrer cette offensive, les Bourses ont investi massivement dans la modernisation de leurs infrastructures, tout en freinant sur les dépenses. Malgré ces efforts, qui se sont souvent soldés par un recul des bénéfices, le modèle des grandes places boursières touche à ses limites, poussant ses dirigeants à surmonter les vieilles querelles pour générer de nouvelles sources de synergies par le biais de fusions.

Quelles seront les conséquences pour les places de Paris et de Francfort ?

En termes de valeur boursière, Deutsche Börse pèse près de deux fois celle de Nyse Euronext, mais j’ai le sentiment que face au rôle dominant de la Bourse de New York et de l’importance de la place bancaire, ce sont plutôt Francfort et Paris qui joueront à terme le rôle du partenaire junior dans cette alliance. La division de travail entre les différentes places en jeu ne sera pas facile parce qu’il n’est jamais aisé de faire de deux concurrents aux traditions différentes des partenaires.

Comment ce projet est-il perçu par les pouvoirs publics ?

Les autorités politiques allemandes ont déjà fait savoir qu’elles veilleraient à ce que les intérêts de Francfort soient sauvegardés. Mais la situation n’est plus la même que lors des tentatives de fusion dans le passé. Deutsche Börse est hautement profitable, disposant d’atouts indiscutables comme sa partie dérivés. Mais face à la montée des nouvelles plates-formes, elle est acculée à la défensive, dont elle ne pourra sortir que par un partenariat. Mieux vaut s’allier à Nyse Euronext qu’à la place de Toronto.

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