Ming-Po Cai relie la France et la Chine avec Cathay Capital

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Associé à Edouard Moinet, il a monté un fonds de private equity et une équipe d’investisseurs qui combinent des « savoir-faire » sur les deux marchés.

De sages marchands et de subtils hommes de tous les arts », annonçait Marco Polo dans son Livre des Merveilles, à propos des habitants du Cathay, ancien nom de la Chine. Une dénomination reprise par le premier fonds de capital-développement créé pour investir à la fois dans des entreprises françaises voulant y développer des affaires et dans des entreprises chinoises attirées par l’Hexagone. Fin 2004, Edouard Moinet, alors directeur chez Siparex, cherche un œil expert pour un projet d’investissement en Chine quand on lui présente via un réseau rhodanien un ancien de l’EM Lyon. Avec Ming-Po Cai, ancien dirigeant de Seb en Chine riche d’une expérience entrepreneuriale dans les deux pays, ils décident de « ne plus se quitter » pour développer en 2007 ce projet commun répondant, via le private equity, « à un besoin non satisfait ».

Soutiens institutionnels

Le fonds Cathay Capital I réalise deux premiers investissements, sur Yves Delorme-Olivier Desforges (linge de maison) et Wolf (lingerie), en janvier 2008. Juste avant un closing final (fin de la levée du fonds) à hauteur de 70 millions d’euros, avec un tiers d’institutionnels comme CDC*, Natixis, Caisses d’Epargne et Proparco, le véhicule d’investissement de l’Agence française de développement (AFD) destinée à favoriser les investissements privés dans les pays émergents. « Il faut rendre hommage au courage de nos investisseurs face à un projet qui partait de zéro », lance Ming-Po Cai. Depuis, l’équipe est passée de deux à quinze professionnels, avec autant d’investissements représentant plus de 40 millions d’euros (hors co-investissements) : deux en majoritaire, trois en minoritaire dans le cadre de LBO (leveraged buy-out), et dix en minoritaire, avec des tickets allant de 3 à 5 millions d’euros. « Le fil conducteur de nos investissements se trouve dans notre capacité à optimiser certaines situations en tant qu’actionnaire actif, toujours présent au conseil d’administration », explique Edouard Moinet. Il insiste sur ce métier d’actionnaire, « exigeant car il implique aussi des devoirs et une mise en responsabilité permanente. »

L’idée de départ est, grâce à une équipe « biculturelle » située à Paris pour le savoir-faire financier et à Shanghai pour la connaissance locale, à la fois de réduire les risques sur les investissements chinois (quatre, hors croissances externes) et d’augmenter le rendement sur les investissements français (dix). Des atouts majeurs pour développer en Asie aussi bien de la production que de la distribution pour les groupes de textile précités, ou encore pour les salons de coiffure Dessange, les emballages Solia, le localisateur de sites web Datawords, le laboratoire pharmaceutique CCD International, le spécialiste de la panification Eurogerm, le joallier Mauboussin... Mais l’inverse est également possible : en 2008, Cathay est entré au capital du fabricant d’équipements électriques Miro en association avec une filiale du groupe Mersen (ex-Carbone Lorraine) qui avait besoin d’un appui local ; puis du laboratoire vétérinaire chinois Sinder qui a pu distribuer, grâce à cette opération et via un partenariat avec Virbac, des vaccins contre la rage inutiles en France mais encore précieux en Chine. L’entrée en 2009 à la fois dans le fabricant d’ameublement Sogal et dans sa filiale chinoise a par ailleurs donné lieu à une très belle sortie (en LBO), avec 50 % de TRI (taux de rendement interne).

« Au-delà de ce cas atypique, développer du business en Chine demande du temps. Et nous apportons une certaine clairvoyance sur ce marché et ses pratiques locales, les barrières culturelles, les opportunités de changement », rappelle Ming-Po Cai. Il insiste sur « les compétences rassemblées au sein d’une seule et même équipe, répartie sur plusieurs bureaux, ce qui nécessite une grande fluidité de l’information ».

Echanges permanents

Tous les lundis matins commencent donc par une visioconférence au cours de laquelle les gérants reviennent sur les participations du portefeuille et les projets d’investissement. Si l’un des Parisiens a repéré un investissement dans l’Empire du Milieu, un collègue de Shanghai doit pouvoir comprendre l’investissement très vite et prendre le relais pour en vérifier la pertinence stratégique, avec l’éventuel soutien d’experts locaux, comme pour le dossier juridique sur Sogal ou l’étude de marché sur Mauboussin. « En travaillant ainsi en binômes, nous arrivons à cerner assez vite le potentiel d’un dossier et à ne pas perdre de temps », confirme Anne-Sophie Roquette, directrice d’investissement, qui appelle presque tous les jours son correspondant à Shanghai.

Malgré la double culture de l’équipe, tout se passe en anglais. « Nous sommes avant tout un ‘fonds de croissance’ qui utilise le levier de l’international et notamment une capacité d’assistance sur le territoire chinois », complète André Puong, autre directeur d’investissement qui, après trois ans à Paris, a ouvert l’an dernier le bureau de New York pour accompagner également certaines entreprises aux Etats-Unis. « L’important est d’être flexible et pragmatique, de se poser les bonnes questions, et le fait d’investir dans les deux sens nous apporte plus de proximité avec certains opérateurs, entrepreneurs comme investisseurs », poursuit-il, en rappelant le cas du laboratoire Sinder, que Cathay a même aidé à obtenir une ligne de crédit auprès de Proparco en France.

« Il y a une nouvelle génération d’entrepreneurs chinois qui constituent de futures cibles potentielles : ces entreprises mûrissent, deviennent leaders localement, ambitionnent de le devenir au niveau international, mais se posent des questions, n’ont pas toujours les bons repères, par exemple en matière de productivité », ajoute Ming-Po Cai. Pour assurer la cohésion, il vient tous les mois à Paris, tandis qu’Edouard Moinet visite Shanghai chaque trimestre. Ils organisent aussi au moins deux rencontres annuelles pour toute l’équipe, et projettent éventuellement d’échanger leurs rôles respectifs, bien motivés pour entretenir cette « valeur ajoutée ». Le réseau qui fait la spécificité de Cathay facilite les « deals propriétaires », suivant des logiques auxquelles les banques d’affaires ne répondraient pas forcément... Et donc les « invitations » par d’autres fonds partenaires, comme avec Ofi PE Capital, CIC Finance ou tout récemment Pragma, pour accélérer la croissance de LBO sur Dessange, Sogal ou IMV Technologies.

« Dans un contexte à 25 % de croissance annuelle assez souvent, même une toute petite activité prend vite de l’ampleur en Chine : notre positionnement permet de connecter des idées et des personnes qui ne se rencontreraient pas », résume l’associé français, évoquant aussi l’importance de la structure humaine pour assurer l’exécution. Prévoyante, la société de gestion a ainsi recruté deux nouveaux directeurs d’investissement fin 2010, pour avoir « un coup d’avance » sur la levée prochaine de son deuxième fonds, qui devrait être au moins deux fois plus important que le premier. 

L'équipe

Dorothée Chatain, 25 ans, chargée d’affaires

Ming-Po Cai, 41 ans, président

Ka Man Law, 31 ans, assistante

Edouard Moinet, 41 ans, directeur général

Anne-Sophie Roquette, 34 ans, directeur d’investissement

Directeurs d’investissement : Steven Hu, André Puong, Fabien Wesse, Lanchun Duan, ainsi que le président du comité consultatif, Philippe Marcel, ancien président d’Adecco, l’un des nombreux investisseurs personnes physiques.

A lire aussi