Le message ne passe pas

le 25/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Le message des régulateurs ne passe pas. Tel est le constat que l’on peut dresser à la lecture de notre enquête auprès des lecteurs de L’Agefi sur les résultats du sommet du G20 à Séoul, et plus généralement sur les avancées de la régulation financière au cours des trois dernières années (lire L’Evénement page 8 à 12).

Si les répondants partagent l’avis plutôt général que le sommet n’a pas apporté des réponses suffisantes aux enjeux posés par les problématiques de changes et de déséquilibres mondiaux, les avancées - il y en a pourtant de réelles - n’ont pas été perçues. C’est notamment le cas de la réforme du Fonds monétaire international, dont le G20 a pourtant couronné le rôle de vigie, où chacun pèse en fonction de son poids dans l’économie mondiale. Le nouveau régime prudentiel dit de « Bâle III », pourtant nettement plus contraignant pour le monde bancaire, ne fait pas non plus l’unanimité. Les réglementations déjà élaborées pour réduire la prise de risque et éviter une nouvelle crise, et la réflexion en cours sur la prévention du risque systémique ne convainquent pas, ce qui lance un sérieux défi aux régulateurs. La surprise vient notamment qu’une large majorité de lecteurs ne valide pas l’absence de débat sur la scission des banques entre entités commerciales et de marché. L’idée, quoi qu’on en pense, est populaire.

Sans doute le scepticisme affiché face aux initiatives des superviseurs se nourrit-il aussi de certains manquements : il en est ainsi des stress tests européens de juillet 2010, qui ont blanchi les banques irlandaises, aujourd’hui non seulement en capilotade mais menaçant de surcroît de faire sombrer le pays tout entier. Il en est ainsi encore des différences, pour ne pas dire des divergences, dans la route prise par les régulateurs nationaux pour arriver au but. Rien ne garantit aujourd’hui plus qu’hier une concurrence loyale entre les acteurs, nourrissant dans l’esprit des financiers le doute quant à l’efficacité du nouveau corpus de règles.

De surcroît, la lenteur avec laquelle les régulateurs ont entrepris de traiter le sujet du shadow banking, tels les hedge funds, fonds monétaires et autres structures déconsolidées, voire même les assureurs, inquiète. Ne pourraient-ils largement bénéficier des contraintes qui s’accumulent sur les banques ?

Certes, les répondants ont tendance à oublier que l’édifice de la régulation est loin d’être achevé, tandis que la critique portant sur la lenteur supposée de la réaction publique au début de la crise, notamment lors du G20 de Londres, revient sans cesse. Le traitement du risque systémique, qui demeure largement en débat et devrait occuper une large partie de 2011, montrera si le dialogue avec les professionnels s’améliore.

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