Un message d’espoir

le 20/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Avant que se termine une année terrible, une de plus, l’Europe aura adressé un beau message d’espoir à tous ceux qui croient encore en son projet : le premier acte de la création de l’union bancaire, promise en juin dernier, a bien été joué la semaine dernière à Bruxelles avec la conclusion d’un accord qu’il faut saluer à sa juste valeur. Son contenu technique, quoique fort important puisqu’il précise le champ d’intervention de la supervision unique désormais confiée à la BCE, a pu être défini grâce à une volonté politique sans défaillance. Il était pourtant permis d’en douter, au vu des objections, plus ou moins convaincantes, soulevées par l’Allemagne pour justifier sa stratégie de tortue face au lièvre français. Le sentiment de l’urgence à tenir, vis-à-vis des marchés mais aussi à l’égard des peuples, la promesse faite à la fin du printemps aura finalement emporté une décision qui répond clairement à l’un des volets clés du projet. La BCE ne supervisera directement que les 200 principales banques des membres de l’union bancaire, laissant aux régulateurs nationaux le soin de surveiller les plus petites. Mais elle aura bien la possibilité d’intervenir sur n’importe quel établissement en cas d’urgence. Bien sûr, cette avancée si péniblement acquise en appelle d’autres, tout aussi indispensables, puisqu’un mécanisme de résolution devra être élaboré, assorti de règles claires d’intervention du MES, tout comme un système commun de garantie des dépôts. Franchir ces nouvelles étapes ne sera pas une partie de campagne puisqu’elles supposent de nouveaux abandons de souveraineté financière. Mais le branle est donné et ne s’arrêtera plus.

Pour la sphère financière, la nouvelle constitue sans doute une innovation majeure en termes de régulation mais il s’agit aussi d’une preuve très rassurante de la volonté des dirigeants de l’Union de ne plus laisser les marchés dicter le rythme des réformes nécessaires. C’est faute d’avancées politiques suffisantes que les investisseurs, pris de panique, avaient imposé au système bancaire européen un passage accéléré à Bâle 3 à l’été 2011. En tenant le calendrier qu’il s’était fixé d’enclencher l’union bancaire avant la fin de l’année, l’exécutif européen se donne une crédibilité nouvelle qu’il doit employer à faciliter le passage de son système bancaire dans la nouvelle ère prudentielle. C’est pourquoi, sauf à prendre le risque d’une crise de financement aiguë, il devrait notamment s’attacher à remettre à plat la définition et la mise en œuvre des ratios de liquidité qui constituent une menace imminente sur leur situation. Les banques européennes ne sont pas seules à l’espérer, celles des Etats-Unis ayant le même souci. La régulation financière ne perdra rien à un tel rééchelonnement, tandis que la croissance pourrait y gagner beaucoup.

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