Le mercato parisien des avocats en plein boom

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Les cabinets américains se mobilisent. Les spécialistes en fusions-acquisitions et capital-investissement sont de nouveau prisés.

Paris attire. Paris bouge. Le 2 mai, un nouveau cabinet américain a ouvert ses portes rue de l’Université. McDermott Will & Emery a recruté comme associé-gérant Jacques Buhart, jusqu’alors responsable des départements fusions & acquisitions (mergers and acquisitions, M&A) et concurrence au sein du bureau parisien du britannique Herbert Smith. Hervé Bidaud, associé d’Arthur Andersen International, Thibaud Forbin, coresponsable du département M&A chez Delsol Avocats, et Jilali Maazouz, associé de l’américain Bryan Cave à Paris, l’ont rejoint pour intervenir sur des dossiers transfrontaliers de M&A, fiscalité, droit de la concurrence, droit social et contentieux. Ce printemps marque ainsi le retour en force des cabinets américains, après un premier trimestre essentiellement porté par les mouvements d’associés spécialisés en M&A/Corporate, selon le cabinet Day One. De quoi donner au mercato parisien un air d’avant-crise.

« Ce bureau nous permettra de servir notre clientèle internationale dans tous les grands centres de décision européens, tout en offrant à nos clients français l’accès à notre expertise internationale dans l’Union européenne, aux Etats-Unis et en Asie », expliquent les coprésidents de McDermott, Peter J. Sacripanti et Jeffrey E. Stone. Chez Paul Hastings, installé à Paris depuis mai 2004, la démarche est différente : « Ce n’est pas la capacité à traiter localement les demandes de clients globaux qui constitue la motivation première de nos investissements, mais avant tout la volonté d’être forts sur notre marché, prévient Olivier Deren, associé au département corporate à Paris. Bien entendu, nous sommes également heureux de pouvoir collaborer avec les dix-huit autres bureaux de Paul Hastings sur des dossiers pour une clientèle internationale, ce qui génère environ 15 % de notre chiffre d’affaires à Paris. »

Effet de rattrapage

Au premier trimestre, les mouvements d’associés à Paris ont donné l’avantage aux cabinets britanniques plutôt qu’américains. Le ratio départs sur arrivées montre en effet qu’avec treize recrues de part et d’autre, les premiers se sont renforcés (1,33) au contraire des seconds (0,83), selon Day One. D’ailleurs, la majeure partie de l’équipe qui a valu à Paul Hastings un trophée d’argent (Trophées du Droit et de la Finance 2010) dans la catégorie des financements d’actifs et de projets et partenariats public-privé (Pascal Cuche, Marc Lordonnois et Karine Debaecker) est partie chez Freshfields, un cabinet du « Magic Circle » (les cinq premiers acteurs de Londres, avec Allen & Overy, Clifford Chance, Linklaters et Slaughter and May). « Ces recrutements viennent considérablement renforcer notre capacité à conseiller nos clients internationaux sur des opportunités d’investissements dans ces domaines », se flatte Alan Newton, responsable monde du groupe Finance chez Freshfields. Il faut néanmoins noter que les structures d’origine anglaise avaient sensiblement allégé leurs effectifs pendant la crise.

En recrutant cinq associés en provenance de Hogan Lovells (né du rapprochement de l’américain Hogan et de l’anglais Lovells, L’Agefi Hebdo du 18 mars 2010) et de Proskauer - Pascal de Moidrey, Alexis Terray, Guillaume Kellner, Edith Boucaya et Nicolas Faguer -, Paul Hastings a ainsi contredit la tendance du marché. Le fait est d’autant plus notable que les trois premiers mois de 2011 constituent un record en nombre de mouvements d’associés (88). « Nous sommes tous de la même génération et avons pour objectif que le bureau de Paris soit profitable et que l’équilibre dans les relations humaines y soit respecté, souligne Olivier Deren. L’élément humain est fondamental, d’autant que les clients veulent de plus en plus traiter directement avec des associés expérimentés plutôt que d’avoir des armées de jeunes collaborateurs comme interlocuteurs. » Pour Pascal de Moidrey, auparavant associé responsable du département Corporate-Private Equity (capital-investissement) de Hogan Lovells, Paul Hastings leur a donné la chance de « se réunir pour développer collectivement à Paris une plate-forme M&A et ‘private equity’ de tout premier rang au sein d’une structure internationale ». L’équipe aurait pu monter son propre cabinet si certains clients n’étaient pas attachés à cette dernière dimension.

L’approche « One Firm Worldwide » est aussi mise en avant par Jones Day, notamment avec l’arrivée de Philippe Li au bureau de Paris en tant qu’associé chargé de la mise en place et du développement d’un pôle Asie. L’ambition est d’accompagner les clients européens sur ces marchés et de répondre à une demande accrue des asiatiques investissant dans le monde, en s’appuyant sur des bureaux existants. D’autres cabinets d’origine américaine (Cleary Gottlieb, Shearman & Sterling, Mayer Brown, Weil Gotschal, Orrick, etc.) ont déjà fait de Paris leur tête de pont sur le Vieux Continent. Et le cercle pourrait s’élargir dans les prochains mois.

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