Dossier Afrique subsaharienne

Un marché des fusions-acquisitions en voie de développement

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Les professionnels du M&A se tournent vers l’Afrique, où les pratiques se standardisent malgré les disparités régionales.

Un marché des fusions-acquisitions en voie de développement - Photo : Fotolia

Même dans les « émergents », rares seront les pays au-dessus de 5,5 % de croissance cette année, la moyenne estimée pour l’Afrique par le Fonds monétaire international (FMI). En dépit d'une importante hétérogénéité, l’évolution démographique, la superficie, les ressources naturelles ainsi que le faible niveau général de développement (urbanisation, équipements...) permettent d’envisager un mouvement inverse au ralentissement constaté en Asie ! Mouvement que les investisseurs étrangers (britanniques, français et chinois notamment) scrutent depuis cinq ans. Ils réalisent chaque année 250 à 300 acquisitions sur un marché environ deux fois plus grand, de 31 milliards de dollars pour plus de 800 transactions en 2012. « C’est encore modeste en tenant compte du fait que l’Afrique du Sud représente plus de 40 % et l’Egypte près de 20 % », note Olivier Pécoux, directeur général de Rothschild. « Le vrai décollage de ce marché se rapproche », ajoute le dirigeant de la banque d’affaires, qui a souhaité s’y positionner en amont (via Londres, Paris et l’Afrique du Sud) et avait notamment conseillé la cession du réseau subsaharien de Crédit Agricole à Attijariwafa Bank en 2009. Pour Lazard, qui a annoncé un département dédié à l’Afrique subsaharienne avec une vingtaine de banquiers fin 2012, « ce mouvement était naturel, après quarante ans de conseil aux gouvernements africains », rappelle Matthieu Pigasse, animateur de « Lazard Afrique » depuis Paris.

« BNP Paribas (BNPP) a une légitimité historique sur ce continent où la présence de la BNP remonte à plus de cinquante ans, et celle de Paribas à plus de vingt ans », relate aussi Eric Jacquemot, son responsable corporate finance Afrique Moyen-Orient Turquie (depuis Londres). L’intérêt des investisseurs occidentaux s’est accru depuis la crise en Europe. » « Après une vague de privatisations, le marché a connu (et connaît encore) une importante phase de ‘deals structurants’, avec des investisseurs étrangers dans les infrastructures, les ressources naturelles et les télécoms, ajoute Zineb Abbad El Andaloussi, gérante responsable des activités du groupe chez Rothschild en Afrique. En parallèle, dans les pays les plus développés, apparaissent de nouvelles missions de recherche de capitaux ('equity' ou dette) et de transactions M&A plus traditionnelles. »

Les transactions plus petites ne sont pas encore toujours intermédiées. Et elles passent parfois au-dessous du radar des grandes banques de financement internationales (Standard Chartered, JPMorgan, BAML, Goldman Sachs, HSBC, Deutsche Bank…) entrées depuis 2005 via une approche « client » sur des secteurs porteurs (mines et métaux, pétrole et gaz, telecoms)). «

L’activité M&A continue d’être importante sur ces secteurs, auxquels on peut ajouter le secteur financier, en cours de restructuration en Afrique subsaharienne», poursuit Eric Jacquemot. BNPP, qui s’appuie sur ses succursales en Afrique du Sud, Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest, privilégie, à l’instar des Lazard et Rothschild, en parallèle des experts métiers, une double organisation avec des banquiers d’affaires dédiés à la géographie, ce qui devrait leur permettre d’exploiter plus facilement le développement en cours de deals intra-Afrique ou avec d’autres régions émergentes comme sur Anvil-Minmetals ou Zain-Bharti pour BNPP, Meditel, CFAO-Toyota Tsusho pour Rothschild (et Lazard), Camrose-ENRC et Maroc Telecom-Etisalat pour Lazard (et BNPP). « Le marché a mûri et touche désormais des secteurs liés à la distribution et à la consommation, également intéressants pour les fonds de 'private equity' (Helios, Actis, Emerging Capital, Carlyle, Abraaj…) », fait savoir Julien Riant, en charge des fusions-acquisitions en Afrique chez Lazard, banque qui a notamment conseillé Danone sur la Centrale Laitière du Maroc.

Cadre sécurisé

Signe de maturité, « l’environnement juridique et réglementaire s’est standardisé, notamment pour les pays membres de l’Ohada (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires), répondant positivement aux attentes des investisseurs internationaux. La question sur des marchés aussi nouveaux est de savoir comment ce droit est effectivement appliqué », développe Hervé Pisani, avocat associé de Freshfields, l'un des cabinets historiques sur ce continent (avec Herbert Smith et Gide). Depuis quelques années, il y a une vraie volonté de réduire les phénomènes de corruption. Un sujet qui ressurgirait cependant avec l’arrivée d’investisseurs chinois… « Le problème est aussi celui de l’instabilité politique, notamment dans les secteurs régulés, mais il est désormais possible de se couvrir contre les risques (nationalisation, expropriation, fiscalité...) grâce aux traités internationaux/bilatéraux permettant de protéger les investisseurs et d’obtenir des compensations en cas de recours », ajoute Hervé Pisani.

Si les débouchés pour les investissements en Afrique ne sont pas toujours identifiés faute d’importants marchés boursiers, l’anticipation est cruciale sur ce continent où les réseaux jouent un rôle important et nécessitent d’être présent dans le temps, par-delà les crises politiques, à l’instar de Total, qui vient d’investir en Egypte avec le réseau de distribution de Chevron.

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