L’avis de... Lionel Melka, associé de Bernheim Dreyfus & Co

« Le marché a retrouvé sa vitalité aux Etats-Unis »

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment percevez-vous le marché actuel ?

Crise des souverains en Europe, doutes sur la reprise mondiale et ralentissement dans les émergents : la période est dominée par les facteurs macroéconomiques, et l’incertitude est moins propice aux fusions-acquisitions. Pour qu’une transaction aboutisse, il faut un acteur optimiste capable d’acheter plus cher l’actif d’un pessimiste : quand c’est le cas malgré la volatilité, comme cet été, les fonds d’arbitrage comme le nôtre peuvent générer d’importants rendements. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises sont désendettées, les valorisations restent attractives, et la croissance externe le moyen le plus rapide pour se développer. Le marché a d’ailleurs déjà retrouvé sa vitalité aux Etats-Unis. La situation est tout autre en Europe, où deux opérations avortées symbolisent la frilosité : Tyco-Schneider et ISS-G4S. Dans ce deuxième cas, les actionnaires du groupe britannique ont refusé le rachat estimé trop risqué (pour 6 milliards) du danois spécialisé dans les services de sécurité.

Y a-t-il aussi de fortes différences selon les secteurs ?

Il faut avoir une vue large pour constater qu’effectivement, au niveau mondial, certains secteurs sont porteurs : les technologies, avec par exemple les transactions Right Now-Oracle, Sucess Factors-SAP et Demand Tec-IBM dans le cloud computing; la santé, avec Synthès-Johnson & Johnson, SonoSite-Fujifilm ou Pharmasset-Gilead ; et bien sûr l’énergie et les ressources naturelles, avec Kinder Morgan-El Paso, Hathor-Cameco, ou Icahn-Commercial Metals. Là encore, la plupart des opérations font intervenir des acteurs américains. Les chinois sont aussi particulièrement actifs, notamment dans la course aux ressources naturelles. Les uns comme les autres regardent les faibles valorisations en Europe pour y réaliser des acquisitions, comme HP sur Autonomy ou Takeda sur Nycomed.

Quels sont vos paris pour 2012 ?

Certains secteurs devraient continuer à être ciblés pour les actifs de qualité. Dans la pharmacie par exemple, Shire dispose d'un « pipeline » de molécules très prometteur susceptible d’attirer de grands laboratoires. Les sociétés de high tech Teradata (stockage de données) ou Citrix (virtualisation) pourraient être rachetées par les grands du secteur. La scission de Tyco, dans l’énergie, devrait donner l'opportunité à Schneider de s'emparer des divisions convoitées cet été. Et Tiffany, dans le luxe, reste une marque potentiellement forte pour LVMH ou Richemont.

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