Maintenant, exécuter !

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

La guerre est un art simple et tout d'exécution » : s’ils veulent emporter la guerre qu’ils livrent contre les marchés, les dirigeants européens feront bien de s’inspirer de ce précepte de Napoléon. Il était bien sûr crucial de répondre à la question politique que leur adressaient les investisseurs, en acceptant enfin - à l’exception du Royaume-Uni, mais qui s’en étonnera ? - la contrepartie budgétaire de l’intégration monétaire, induite dès l’origine par le Traité de Maastricht. De ce point de vue, les réponses apportées par l’accord franco-allemand, endossé par 24 de leurs partenaires, sont enfin à la hauteur de l’enjeu.

Mais il y a le reste, c'est-à-dire l’exécution. Sous ce rapport, quel chantier ! Maintenant qu’il est bien clair que la BCE ne soutiendra pas les marchés de dettes au-delà de sa modeste contribution actuelle, c’est aux politiques de mettre enfin en état de marche les mécanismes complexes qu’ils ont imaginés pour sortir de l’impasse. Il ne s’agit pas seulement des adaptations juridiques, déjà fort complexes en soi dans un temps si court, permettant de parvenir dans les 26 Etats membres à un nouveau Traité, mais des outils à construire pour répondre aux questions des investisseurs. Or le précédent du Fonds européen de stabilité financière (FESF), enterré dans les faits sinon dans les mots après avoir défrayé la chronique des mois durant sans résultat notable, ne justifie aucun optimisme à cet égard.

Il faut pourtant aller vite. Les grands souverains, à commencer par l’Italie, vont devoir affronter les marchés dès le début de l’an prochain. Il faudra d’ici là que les 200 milliards de nouveaux concours soient apportés au FMI et le système de financement complémentaire aux Etats annoncé par ce biais défini et opérationnel. Il faudra que le sort définitif du FESF, censé encore disposer de quelques centaines de milliards d’euros de puissance de feu, soit arrêté, et les traits distinctifs du Mécanisme européen de stabilité (MES), censé lui succéder dès la mi-2012, fixés. Son statut, bancaire ou non, ne l’est pas, ses rapports futurs avec la BCE non plus, et son plafond, de 500 milliards d’euros, paraît encore bien bas pour faire face aux défis possibles. Là ne s’arrêtent pas les questions sans réponse. Ainsi, s’il est bien entendu qu’une participation soi- disant « volontaire » de type grec (PSI) ne sera plus imposée aux investisseurs, la référence à la « jurisprudence du FMI » pour les cas litigieux à venir ne les garantit pas contre de nouveaux déboires. Cette « jurisprudence » bien floue, au cas par cas, n’exclut pas l’appel aux créanciers, d’autant moins si le FMI, qui jouit d’un statut senior particulier, entre dans le jeu.

La nervosité des marchés depuis le Sommet du 9 décembre montre que leur défiance n’a pas désarmé. Celle des agences de notation non plus. Les semaines qui viennent seront essentielles pour l’exacerber ou enfin pour l’apaiser.

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