Le LSE entend faire évoluer son modèle en chassant LCH.Clearnet

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Le rachat du groupe franco-britannique offrirait surtout à la Bourse de Londres de solides positions dans la compensation des dérivés OTC.

Xavier Rolet a de la suite dans les idées. Deux mois après l’échec de son projet de fusion avec l’opérateur canadien TMX Group, le directeur général du London Stock Exchange (LSE) chasse désormais une nouvelle proie : LCH.Clearnet. Début septembre, la Bourse de Londres a confirmé l’existence de « discussions préliminaires » en vue d’acquérir une part majoritaire du capital de la chambre de compensation franco-britannique. Pour remporter la mise, également convoitée par la société de données financières Markit, le LSE serait prêt à faire une offre qui valoriserait LCH.Clearnet un milliard d’euros, selon le Financial Times.

L’enjeu est de taille. A l’heure de la constitution du futur géant Nyse Euronext-Deustche Börse, « le LSE a un besoin stratégique de s’étendre soit sur de nouvelles zones géographiques soit sur la chaîne de valeur, explique Axel Pierron, senior vice president chez Celent. Or après les tentatives avortées de rapprochement entre SGX (Singapour, NDLR) et ASX (Australie) d’un côté, et LSE et TMX de l’autre, il apparaît plus simple d’intervenir sur la chaîne de valeur que de réaliser des acquisitions transfrontières ».

Revirement stratégique

Si elle se concrétise, cette opération marquerait un tournant dans l’histoire du LSE, qui opterait ainsi pour un modèle intégré en silo qui englobe la cotation, la négociation et la compensation. « C’est un revirement stratégique majeur », souligne Jean de Castries, directeur général d’Equinox Consulting. Pendant de longues années, l’opérateur londonien a en effet été un farouche opposant de ce modèle économique que seul Deutsche Börse semblait défendre. Mais dans un contexte de concurrence accrue et de baisse des volumes sur les échanges d’actions, Xavier Rolet n’a jamais caché sa volonté d’accélérer la diversification de son groupe, affichant même « des ambitions paneuropéennes dans le secteur du post-marché » (L’Agefi Hebdo du 15 novembre 2010). Or pour l’heure, ces activités demeurent encore modestes, représentant seulement 23 % de ses revenus (150,6 millions de livres). Certes, la Bourse de Londres a déjà posé quelques jalons sur ce terrain en récupérant, lors du rachat de Borsa Italiana en 2007, la chambre de compensation Cassa di Compensazione e Garanzia. Mais celle-ci n’est pas utilisée sur le marché londonien. En s’emparant de LCH.Clearnet, l’opérateur londonien comblerait donc un vide tout en élargissant sa palette d’offres et de services.

L’enjeu des dérivés

Cette transaction lui offrirait surtout de solides positions en matière de compensation des dérivés de gré à gré (ou OTC, over-the-counter), un marché sur lequel le LSE est peu présent. « C’est un enjeu considérable et LCH.Clearnet s’est déjà très bien positionné avec sa plate-forme SwapClear qui est une référence sur le marché », note Jean de Castries. L’enjeu est loin d’être anodin à l’heure où les régulateurs, tant aux Etats-Unis avec la loi Dodd-Frank qu’en Europe avec la directive EMIR (Réglementations sur l’infrastructure des marchés européens), incitent à migrer les transactions de gré à gré vers des chambres de compensation. Un marché qui représente plus de 600.000 milliards de dollars. « Si les volumes ne changent pas, c’est 90 % de la négociation des dérivés OTC qui va passer dans les chambres de compensation, avance Axel Pierron. Or il s’agit d’une activité très rentable. » Sur ce terrain, la bataille a déjà commencé. Fin août, la chambre de compensation paneuropéenne EMCF, détenue à 25 % par Nasdaq OMX, s’est ainsi alliée à Citi pour offrir un nouveau service de compensation sur les transactions OTC. De même, le duo Deutsche Börse-Nyse Euronext disposerait, à terme, d’une sérieuse force de frappe avec Eurex Clearing. Autant dire que le LSE n’a pas intérêt à laisser passer sa chance. Toutefois, le plus dur commence pour Xavier Rolet. « De la capacité de la Bourse de Londres à convaincre les grands clients (banques et courtiers, NLDR), par ailleurs actionnaires de LCH.Clearnet, et à leur donner des garanties sur l’évolution des coûts de ‘clearing’ dépendra le succès de l’opération », conclut Jean de Castries.

A lire aussi