L’avis de… Fabrice Asvazadourian, partner chez Oliver Wyman Financial Services

« La LLD est impactée par les contraintes de liquidité que va imposer Bâle III »

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel regard portez-vous sur le marché de la location longue durée (LLD) ?

C’est une activité qui a beaucoup souffert, à la fois de la crise (réduction des investissements des entreprises) et des mesures gouvernementales qui ont pesé sur la valeur de revente des véhicules. Tout cela a conduit à une période difficile, tant en termes de production que de rentabilité. L'année 2010 a été plus favorable en ce qui concerne tant la croissance de l'activité que le redressement de la performance financière. Le début de l'année 2011 a continué sur cette dynamique mais l'activité devrait subir directement le tassement de la croissance économique.

Quels peuvent-être les impacts des évolutions réglementaires, tel Bâle III, sur les loueurs filiales de banques ?

Comme tous les métiers de financements spécialisés, la LLD est avant tout fortement impactée par les nouvelles contraintes de liquidité que va imposer Bâle III. Ces impacts stratégiques pourraient être différents selon les deux grands types d'intervenants de ce marché que sont les filiales de constructeurs automobiles et les filiales de groupes bancaires. Pour ces dernières, tout l'enjeu est celui de l’accès aux ressources rares, notamment la liquidité, que leurs maisons mères vont leur allouer. Au-delà de l'amélioration de leur rentabilité, il s'agit de dégager plus de synergies avec le reste du groupe, notamment la banque commerciale, pour mieux approcher le marché des PME, voire l'activité de crédit consommation, en particulier dans la gestion du canal concessionnaire.

Quelles sont les conséquences d’une tension de la liquidité sur les filiales de constructeurs ?

Comme la crise de 2008 l’avait montré, les constructeurs automobiles sont particulièrement exposés à la crise de liquidité. Pour les activités de LLD, l'enjeu, au même titre que pour les activités de crédit auto classique, est celui de la sécurisation du funding (financement, NDLR). D’où les lancements récents d'activités de collecte des dépôts par les captives de constructeurs automobiles dans différents pays européens. Il existe des exemples de réussite sur le marché allemand, principalement avec Volkswagen Bank. Cette réussite peut-elle être dupliquée ? Reste à trouver pour chaque marché les conditions de succès de l’activité.

Peut-on s’attendre à un mouvement de consolidation ?

Au-delà du cas spécifique d’ING, on a vu récemment de petites opérations concernant des acteurs bancaires cédant leurs activités domestiques de LLD. Nous ne nous attendons pas à des mouvements d’acquisitions significatifs, car le problème est qu’il n’y a pas forcément beaucoup d’acheteurs en ce moment. On peut toutefois envisager des alliances, à travers la constitution de coentreprises, afin de créer rapidement des synergies de coûts significatives. Cependant, ce sont toujours des montages compliqués, tant en termes de gouvernance que d’un point de vue social. Mais les réflexions pourraient évoluer avec les tensions actuelles sur la liquidité.

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