Liquidité, l’enjeu d’une bataille

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les banques y croient encore. Malgré leur défaite relative sur le front de la solvabilité, il est clair qu’elles ne s’avouent pas vaincues sur celui de la liquidité. Cette bataille n’est pas encore jouée, et elles y mettent toutes leurs forces, à grands coups de lobbying au niveau européen et international. Car si les ratios de liquidité sont désormais définis dans les grandes lignes, la période de consultation n’est pas close et leur contenu peut être encore amendé. La fédération européenne n’a-t-elle pas récemment demandé qu’ils ne soient pas intégrés à la directive européenne dite CRD4 prévue pour l’été afin de procéder à une évaluation ?

Les établissements bancaires se présentent avec de sérieux arguments. Outre la nécessité de « liquéfier » leur bilan au détriment de l’assurance-vie et des OPCVM, ils vont devoir reconsidérer leurs activités de financement. Six d’entre elles sont particulièrement concernées : crédit à la consommation, financement des collectivités locales, financement de projets, crédits exports, crédits syndiqués et affacturage, toutes coupables de ne pas s’accompagner d’une contrepartie de dépôts (lire L’évènement page 8). Dès lors, il leur est facile d’agiter la menace que ces ratios font peser sur le modèle de fonctionnement bancaire traditionnel, notamment la distribution du crédit, d’évoquer le risque d’une réduction de leur contribution au financement de l’économie, voire de dérive vers la finance de l’ombre, ce fameux « shadow banking » pourtant si décrié par les régulateurs !

Certes, l'idée est louable de vouloir imposer aux banques de conserver des actifs suffisamment liquides pour continuer à assurer leurs opérations quotidiennes en cas de crise sur le marché interbancaire ; après tout, la crise a été très largement une crise de liquidité autant que de solvabilité. Raison de plus pour ne pas bâcler la définition des ratios correspondants. Ainsi, n’est-il pas critiquable de privilégier les titres d'Etat dans la liste des actifs considérés comme liquides et éligibles au ratio de court terme, alors que la crise de la dette souveraine bat son plein en Europe depuis un an ? A ce compte, si les banques avaient appliqué une telle définition fin 2009, on peut imaginer les valorisations catastrophiques auxquelles elles auraient été confrontées sur leurs portefeuilles en 2010 !

Pour l’heure, aucune banque ne souhaite communiquer sur les nécessaires arbitrages auxquels elle devra se résoudre si les ratios sont adoptés en l’état. Pas question de donner, si peu que ce soit, l’impression aux régulateurs que des concessions sont possibles. L’enjeu de cette dernière bataille de la crise financière justifie amplement cette intransigeance.

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